Tokyo.
La nuit tombe, votre énorme backpack vous pèse de plus plus en plus, et vous n’avez que 3000 yens en poche.
Mon Dieu, que faire ?
Dormir sous un pont près de la rivière Sumida ?
Aller rejoindre les clochards du Ueno Park ?
S’entasser à 24 par dortoir dans une auberge de jeunesse peuplée de hippies aux cheveux sales ?
Le 18 juin approche, j’en appelle donc à la raison et je dis : non !
Car rassurez-vous, une solution (presque) miracle existe : l’hôtel-capsule bien sûr !
Direction donc le Capsule Hotel Riverside (la classe), à Asakusa, un quartier de Tokyo.
« Etablissement cosy, capsules très avantageuses« , nous prévient la Bible Lonely Planet. Nous voilà a priori rassurés.
Bon. L’hôtel-capsule, c’est donc un hôtel. Jusque là tout va bien. On va pouvoir, normalement, y passer une nuit plus ou moins tranquille, réfléchir au lendemain, faire le point sur la journée, bref, se poser toutes les questions métaphysiques du voyageur en goguette. Sauf que. Au lieu de dormir dans une chambre, et bien figurez-vous qu’on dort dans une capsule. Oui oui, une capsule. Une capsule, dites-vous ? Il s’agit en fait d’une cabine rectangulaire, d’environ 2 mètres de longueur sur 1 mètre de largeur et 1 mètre de hauteur. 2 mètres cubes, donc. Une capsule empilée avec d’autres capsules dans un long couloir rempli de capsules. Ca fait donc beaucoup de capsules. Non, vous ne voyez pas ?

Et à l’intérieur, c’est presque le grand luxe : télé, table de nuit, climatisation… :

Vous avez à l’entrée du « couloir » un petit casier pour enfermer vos affaires, et l’on vous fournit un yukata, sorte de peignoir que l’on enfile après le bain, et des sulipa (de l’anglais slippers, pantoufles, eh oui) car rappelons-le, au Japon, on se déchausse lorsque l’on rentre dans une maison (même si ce n’est généralement pas nécessaire dans un hôtel classique), et on laisse ses grosses chaussures moches à l’entrée.
L’hôtel comprend au dernier étage et avec vue sur les toits de Tokyo un sentô, une salle de bain collective (non mixte), si l’on désire se laver (avec une douche) puis se détendre (dans le bain) en compagnie de ses colocataires de fortune.
Mais d’ailleurs, qui trouve-t-on dans ces hôtels-capsules ?
Surtout des Japonais, en fait.
Les salarymen qui ont trop bu en sortant du boulot et qui ne peuvent plus rentrer chez eux.
Ceux qui ont raté le dernier métro.
Ceux qui n’ont pas les moyens de vivre ailleurs.
Fait rare, on trouve également dans cet hôtel-capsule des femmes : un étage entier nous est consacré. Qui sont-elles ?
La plupart sont assez âgées, au moins la cinquantaine. Des habituées, semble-t-il. Le visage fatigué, marqué. Je suis presque gênée d’exposer ma juvénile fraicheur à côté d’elles. Que font-elles ici ? Les accidents de la vie, sans doute, pensera-t-on pour ne pas aller plus loin.
Le lendemain, verdict : une bonne nuit, avec tout de même la vague impression d’avoir dormi dans une boite.
PS : Veuillez m’excuser pour la qualité des photos, à l’époque (2007), je ne savais pas encore qui était Willy Ronis. Désolée.

4 Comments
Grande question : Si on a vraiment envie de faire des économies… peut-on rentrer à deux dans une capsule ?
Techniquement, ça me parait possible. Quoique bon, faut aimer dormir tout collé avec quelqu’un.
Dans les faits, ça me parait compliqué, la dadame de l’entrée scrute attentivement les entrées et sorties de chacun…
Si cela se généralise, nos chambres d’hôtel actuelles, ou pire nos maisons individuelles, s’apparenteront, aux yeux de nos petits-petits-enfants, à un luxe presque honteux : le luxe de l’espace, d’avoir 5 ou 6 pièces rien que pour nous et notre famille.
Nous en prenons le chemin, effectivement.
Aujourd’hui déjà, 5 ou 6 pièces, c’est un luxe inaccessible pour la plupart !