France – Mexique : 0 – 2 La débâcle
Implacable. Face à des Mexicains supérieurs dans tous les secteurs du jeu, l’équipe du France a logiquement concédé une défaite sèche qui condamne une grande partie de ses chances de revivre le grand frisson du deuxième tour d’une Coupe du monde.
Le match :
La victoire mexicaine est tellement limpide qu’aucun français n’a osé se réfugier derrière la validité discutable du premier but du match[1]. On peut même se réjouir que les arbitres aient enfin laissé le bénéfice du doute à l’attaque sur une action litigieuse. L’ouverture du score des Verts venait ainsi récompenser tardivement une domination technique et physique qui paraissait de plus en plus insurmontable pour des Bleus trop brouillons.
A la différence de nos frères de larmes espagnols, les Français n’ont jamais été dangereux et ont peu de regrets à avoir tant ils ont semblé loin de la cohésion, de l’envie et de la maîtrise affichées par leurs adversaires.
Derrière :
A la mi-temps les Bleus pouvaient déjà s’estimer heureux de rentrer au vestiaire sans avoir encaissé de but, la charnière Gallas/Abidal ayant fait plus que le nécessaire pour permettre au trio Giovani/Vela/Franco de se mettre en confiance.
La fébrilité aussi flagrante que subite de l’arrière garde française contraste avec ce qu’elle avait montré contre les Uruguayens. Sur chaque accélération mexicaine, sur chaque ballon aérien, les Français ont semblé disposer à ouvrir en grand la voie du but de Lloris. Il a donc fallu un solide gardien lyonnais pour que le bilan ne soit pas plus lourd à l’arrivée. Le deuxième but mexicain est à l’image du match tout entier : Le jeune Barrera plein de vivacité et de fraîcheur, bien lancé en contre a enrhumé Gallas avant de provoquer Abidal en un contre un, la suite était écrite : défenseur arrêté, crochet extérieur, tacle en retard, pénalty, carton rouge, but. Ah non… pas carton rouge.
Sur les côtés, Sagna et Evra ont eu le souci d’apporter offensivement, ils ont donc beaucoup couru (dans le vide le plus souvent), mais défensivement ils n’ont jamais réussi à prendre la mesure de leur adversaire direct. Et comme il aurait aussi fallu qu’ils viennent rattraper les bourdes de leurs potes de l’axe central, ça faisait vraiment trop pour eux. Ils ont donc arrêté de jouer à l’heure de jeu, résignés, complétement cuits physiquement et mentalement.
Au milieu :
Le duo Toulalan/Diaby a impressionné, encore… Ce sont les deux seuls joueurs à avoir évolué à leur niveau, et même au-dessus. Ils ont passé 90 minutes à combler les brèches, à récupérer des ballons, à jouer juste et en mesure.
Devant :
Le néant absolu.
Seul Malouda est apparu parfois. Il a essayé tant bien que mal de jouer avec des joueurs qui ne jouaient pas.
Govou a été transparent, même s’il a encore surtout défendu, comme d’habitude.
Ribéry a anéanti la plupart des actions françaises par son individualisme et son entêtement à venir s’empaler dans l’axe. Il était le taureau de la corrida, prévisible et ridicule à la fois. Pathétique.
Anelka, que dire ? De deux choses l’une : quand on voit la deuxième mi-temps de Gignac, on se demande si les deux sont extrêmement mauvais ou si même Pelé n’aurait pas fait mieux, dans les deux cas le problème est grave.
Des coupables ?
Après les défaites les Français aiment voir les têtes rouler par terre. Ici elles sont désignées depuis bien longtemps.
Un problème de système ou un problème de choix des hommes ? Le sélectionneur est responsable des deux donc on serait tenté de l’incriminer en premier lieu. Mais soyons sérieux, qui peut croire que l’on aurait fait mieux en 4-3-3 ? en 3-5-2 ? en 1-9 ?
Quant au choix des joueurs, même si l’on peut discuter des heures de la valeur d’un Govou, de l’utilité de Benzema, du niveau de forme de Gallas, les 11 alignés sur la pelouse de Polokwané sont intrinsèquement au niveau du 1er tour d’une Coupe du monde.
Alors quoi ? La faute à pas de chance ? Non plus, puisqu’avec de la malchance les Bleus en auraient pris cinq.
Ce qui frappe c’est surtout l’absence de cohésion et le faible enthousiasme démontré depuis le fameux match de barrage retour contre l’Irlande. Dès le retentissement de la Marseillaise, Evra avait fait don à la Nation d’une larme patriotique qui présageait d’un engagement total, mais dès le coup d’envoi… plus rien, extinction des feux, combativité zéro.
La nonchalance d’Alnelka a de quoi irriter, et tranche tellement avec la vélocité mexicaine que Toulalan et consort auraient eu de bonnes raisons de lui casser la gueule dans le vestiaire. Il y a fort à parier qu’il a joué hier la dernière sélection de sa carrière. Il n’est pourtant pas le plus vieux de cette équipe désenchantée mais il ressemble à la sélection de l’Euro 2004, il joue comme un joueur vieux, fat, rassasié, démotivé et démotivant. Il aurait fallu lui rappeler que contrairement à ses aînés, il n’a jamais rien démontré en bleu.
Domenech est-il responsable de cette déroute psychologique ? En partie certainement. Il est celui qui doit s’assurer de l’esprit de cohésion et de la haine de la défaite de ses hommes. Or hier, ils ont joué comme une armée mexicaine. Il est intéressant d’observer que c’est justement l’aspect sur lequel la plupart des spécialistes ont oublié de le critiquer (ils avaient pourtant ratissé large). Qu’est-ce qu’il a manqué pour cimenter le collectif et stimuler son ardeur ? Domenech avait pris soin d’écarter les joueurs réputés boudeurs et peu combatifs (Benzema, Ben Arfa), il a sur-protégé son groupe et mis en place à Tignes puis en Afrique du Sud toutes les conditions nécessaires à l’émergence d’un « groupe ». Hier soir, ce groupe a sombré… individuellement, preuve peut-être même de son inexistence…
La suite :
Si le miracle inespéré ne se produit pas à Bloemfontein mardi prochain, Laurent Blanc aura toute largesse pour imposer à peu près tous les chamboulements qu’il voudra, comme l’avait fait Domenech en 2004. Cependant, en cas de nouvelle défaite on se demande bien comment il pourrait réussir à relever une équipe totalement anéantie. Il aura pour lui l’avantage de la popularité, du moins tant que les résultats suivront.
Pour l’heure et en ce 18 juin, existe-t-il des raisons d’y croire encore ? Submergés par la force et la supériorité tactique de leurs ennemis, les Bleus sont à terre. Mais l’espérance doit-elle disparaître ? Ce sera sans aucun doute une équipe remaniée qui va tenter, face à l’Afrique du Sud, de faire briller la glorieuse incertitude du sport. On mettrait bien une pièce sur la titularisation de Tierry Henry, dernière gloire nationale qui puisse encore mobiliser des troupes en perdition.
Pour un dernier baroude d’honneur et pour en finir la tête haute après 12 années en bleu, après avoir tout gagné et aussi tout perdu, le meilleur attaquant français de l’histoire mériterait de s’en aller sur un dernier frémissement, pourquoi pas le grand frisson. Il faudra plus qu’une victoire mardi, il faudra un match de géants et surtout un sourire du destin qui ne saurait s’adresser aux médiocres solistes qui se sont produits hier.
Les infos sans intérêt :
- Djibril Cissé est le plus gros chat noir de l’histoire du foot.
- A force de décrocher, Anelka va finir gardien de but.
- Depuis le temps que Robert Pirès attendait ça… Les draps s’en souviennent.
- Valbuena n’a joué qu’un quart d’heure mais il a eu le temps de se ridiculiser en essayant de gêner le génial Blanco au moment de tirer son pénalty. Le vieux chef aztèque plein de classe et de fierté a eu la décence de ne pas jeter un regard au tout petit Valbuena après avoir honoré comme il se doit sa 23759ème sélection.
Le pronostic osé du jour est en grève, il nous informe cependant par missive qu’il aimerait prévoir la qualification française pour les huitièmes.
[1] En tout cas pour savoir s’il y avait hors-jeu on ne peut pas se fier au pseudo « révélateur » de TF1 qui ne révélait rien du tout puisqu’il n’était pas placé au niveau du dernier défenseur.

1 Comment
Il m’a semblé que l’arbitre n’a pas exclu Abidal, car il a bien compris que ce dernier n’avait pas fait exprès de faire faute et qu’il était juste nul au tacle.
Quant au pari sur le ralliement autour de Thierry Henry… no comment. Je vais de ce pas au me tourner vers mes amis et applaudir leur passe qui était un peu trop loin de mes orteils. Parce que bon, faut pas courir non plus hein.