Paris Porn Film Fest : Ouverture

Pour une majorité, c’est une bien drôle d’idée d’aller s’enfermer dans la proximité inquiétante d’une salle obscure pour voir un film pornographique, activité réservée à quelques minutes d’intimité devant son écran de pc. Pourtant c’est bien là que tout a commencé.

Bien avant l’explosion du marché de la VHS, la demande grandissante qui a obligé une industrie tentaculaire à se créer puis le produit « à la demande » où un internaute peut être comblé en quelques minutes à peine sur quelques sites internet spécialisés. A l’époque, il y a peut-être une cinquantaine d’années, les films étaient produits en pellicule dans un esprit plutôt bon enfant et projetés à quelques amateurs dans des salles minuscules de France et de Navarre. Comme de petits trésors, ces objets de désir et de cinéma prenait une vraie valeur dans la moiteur et les bruits joyeux de masturbation faussement discrète et tolérée.

Aujourd’hui pour voir un porno en salle, il n’y a plus trente six solutions. Le Beverley, dernier cinéma encore agrée par le CNC, propose à ses spectateurs des séances spéciales couples, des kleenex à l’entrée et des sièges en skaï du plus bel effet. Il y a aussi les projections des salles de Pigalle, mais qui me semblent toujours baigner dans une atmosphère glauque de chair triste… enfin, il y a des amateurs. Pour les spécialistes, le festival de cinéma gay et lesbien propose toujours une soirée thématique plutôt chaude, ainsi que l’étrange festival (tout les deux à Paris au Forum des images… vous imaginez l’ambiance). Ainsi donc a débuté mercredi soir, le seul festival de cinéma entièrement consacré au porno dans une salle qu’on pourrait qualifier de charme (à taille humaine avec moins d’une centaine de places en tout) avec une sélection aussi éclectique qu’excitante.

Dans un souci de représenter toutes les sexualités, la programmation est en effet foisonnante de curiosités inratables : du vintage, de l’expérimental, de l’hétérosexuel, du lesbien, du gay, du bisexuel, du trans, du queer, du BDSM (bondage, domination, sado-maso). Bref, du sexe revendicateur, fier de porter haut les couleurs de communautés, de tendances, de désirs partagés dans un esprit festif et bon enfant.

Et pour l’ouverture on commence fort avec une avant-première du film de Mia Engberg Dirty Diaries (sortie en salles le 30 juin prochain) composé de 13 courts métrages explicites réalisés par des féministes suédoises. Pour ne pas vous mentir, comme d’habitude avec ce genre de productions il y a toujours du bon et du mauvais. Pourtant, les différences de tons et de thématiques offrent quand même sur quelques minutes un regard nouveau sur la sexualité au féminin, au point de ne jamais être inintéressant. Du rire (Flasher Girl on tour) à la sensualité (Skin), de la domination sexy (Authority) au « documentaire » (Body Contact), en passant par toute une palette de pratiques (anal, fist, masturbation, lesbien, hétéro,…) le film propose au spectateur une vision assez riche de ce que pourrait et devrait être le porno au féminin, décomplexé et drôle autant que poétique et cru.

Ravie de retrouver mes compagnons de séance de ces prochains jours, une petite foule colorée aux tenues parfois étranges (j’ai redécouvert le combishort Mickey sur un grand moustachu) et qui se félicite de la défaite de la France face au Mexique, je prend rendez vous pour les séances du lendemain. Au programme, un bien étrange mix (mais au combien naturel quand on y réfléchit) de sexe et de handicap, une sélection de films de la starlette portée sur la domination Madison Young et une séance vintage queer 70 avant d’aller me coucher. A suivre donc…

Paris Porn Film Fest (du 17 au 20 juin 2010)

au Brady, 39, rue du boulevard de Strasbourg

1 Comment

  1. la question est : y aura-t-il des kleenex lors des projections de porno féminin ?

    sic

    ;)

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