La fanitude est un concept étrange. Elle s’enroule dans les méandres de l’histoire et des sociétés qu’elle épouse ou oppose. Dans les périodes de raison, elle est mise à distance. Dans les périodes de passion (ou de trouble), elle produit un irrésistible mode de vie. Force est de constater qu’aujourd’hui, la période est plutôt à sa gloire.
Instantanéité = velléité? (d’être fans mais ça rime moins). On peut penser que l’incertitude du présent et du lendemain, la baisse de certains repères institutionnels pousse à essayer de recomposer son présent. Etre fan permettrait de savoir qui on est? En un sens, cela positionne. Mais surtout, la fan attitude permet d’éprouver. De ressentir sa vérité avant de la construire, de manière imprécise mais certaine.
Du coup, les médias… et les marques s’engouffrent dans la brèche. Ce n’est pas étonnant, ils aiment l’un et l’autre l’émotion pour mieux s’insérer dans le quotidien des publics. On ne compte plus le nombre d’ouverture de JT ou de couvertures de magazine à dimension spectaculaire et émotionnelle (je me rappelle de la « catastrophe » de Draguignan en première place du journal d’i-télé le jour de la réforme des retraites…), sans parler des pages people qui trustent les Unes en jouant sur l’affection portée aux idoles.
Néanmoins, tous deux connaissent une crise latente. Déjà parce que le maintien de l’émotion comme vecteur unique d’implication risque de saturer la dynamique de lien chez leurs publics. Et oui, on se lasse de tout…surtout de la guimauve.
Ensuite, parce qu’elles ont plus à gagner à s’appuyer sur l’intelligence de leur public. N’oublions pas qu’Obama a réussi à être doublement président des USA et homme marketing de l’année, parce qu’il a techniquement utilisé l’ensemble des médias pour construire sa communauté…. mais qu’il proposait aussi un projet pour tous. Il nourrissait d’un côté la fanitude tout en la pondérant de l’autre autour d’une construction individuelle et sociale.
Enfin, la fanitude implique des questions citoyennes qu’on ne peut occulter. L’exemple de Jessi Slaughter, est intéressant à plus d’un titre. Si c’est un buzz de marque, cela va renforcer la méfiance des publics vis à vis des médias et de leurs « manipulations » par les marques. Si c’est un fait authentique, cela peut questionner les comportements hyper-affectifs de publics (parfois immatures) qui risquent d’entrevoir le gouffre des passions qui s’ouvre sous leurs pieds.

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