La mode, souvent glamour (Marion Cotillard en Lady Dior), parfois rebelle (Taylor Momsen transformée en Material Girl par Madonna), autrement onirique (les pubs Kenzo), arrive-t-elle encore à nous surprendre dans sa façon de se promouvoir. Est-ce que comme certains artistes, à la recherche de bruissements de bouches ici et là pour faire parler d’eux, peut-elle se mouvoir dans le sensationnel, la controverse d’un concept choc, sans jamais délaisser pourtant la carte de la séduction ?
C’est en regardant le spot – très sobrement appelé The Film – tourné par le photographe Ryan McGinley pour la marque sud-coréenne Lewitt qu’on peut se demander s’il faut ou non s’émouvoir de cette mise en scène sublimée du suicide, incarnée par le mannequin australien Abbey Lee Kershaw. Après une course folle dans laquelle la topmodel, l’air hagard, revêt tour à tour différents habits de la marque, finit par se jeter dans le vide, trois fois vaut mieux qu’une, afin qu’on la voit sous toutes ses coutures. Le grand final pimenté par une noix de slow motion, il fallait bien enjoliver tout ça.
Ici et là, ça jase déjà, parce que d’une, selon l’OCDE, la Corée du Sud est le pays ayant le taux de suicide le plus élevé. Un clip osé avec un tel background ? D’autre part, le spot arrive 8 mois après le suicide de l’une tops coréenne les plus internationalement connue, Daul Kim.
Il n’est pas besoin de taper « supermodels suicide » sur Google (quoique j’ai tenté l’expérience) pour s’apercevoir que ce type de tragédie est tristement récurrent dans le milieu.
Alors pour une fois, la mode ne nous renverrait-elle pas seulement l’image de sa réalité avec la touche de glamour qu’elle sait si bien nous transmettre.
C’est en tous cas artistiquement couillu.


3 Comments
interesting!
Quand on clique sur la vidéo le message suivant s’affiche: « Cette vidéo n’est plus disponible suite à une réclamation pour atteinte aux droits d’auteur soumise par Ryan McGinley Studios LLC. »
Fascinante mise en abime-repoussoir: les marques de fringues renverraient elle le mal être de fashion addicts qu’elles ont elle meme conditionnées…? Pour choquer et faire parler d’elle (comme Marithé et François Girbeau)? Pour interpeller (comme Dove)? Ou pour hypertrophier le suicide-glamour (ah le mélange de l’Eros et du Thanatos, rien de plus fort)…? Je parierais que les publicitaires n’ont pas choisi laissant le spectateur « décider » de lui-même…
Thien, ton avis?