Roms : les bons principes et les mauvaises actions

Lorsqu’on écoute de la musique tzigane, ou le No Smoking Orchestra, bande son de l’un des derniers films d’Emir Kusturica, on est bien loin de toutes les arguties, dignes de Gringoire et Je suis partout, véhiculées récemment par le gouvernement, inquiété par « les problèmes que pose le comportement de certains Roms et gens du voyage« . Une quarantaine de démantèlements auraient ainsi déjà eu lieu et ce processus ne pourrait finalement être perçu que comme la continuation d’une difficile relation entre la France et ses Roms, du Code noir de Colbert, au carnet anthropométrique (1912) et aux camps établis dès la première Guerre mondiale, puis sous Vichy…

Le terme « Roms » a ainsi pris une connotation bien particulière ces derniers temps, lui qui n’est pourtant qu’un terme générique désignant les groupes de nomades originaires de l’Inde et des pays d’Europe Centrale. Manouches, Tziganes, Gitans, désignent également les membres de cette communauté en marge de la société européenne, et qui toutefois forme un maillage culturel et traditionnel au sein de toute l’Union. Et pourtant. L’Allemagne, le Danemark, la Belgique ou encore l’Italie ont pris des mesures similaires, parfois bien plus drastiques, visant à expulser les indésirables.

Si la question se pose avec autant d’acuité au sein des Etats membres, et souvent dans l’ignorance la plus absolue des principes érigés dans la Charte des droits fondamentaux, il est clair que le débat et la solution doivent être élaborés dans un cadre communautaire. Les Roms sont après tout des citoyens de l’Union Européenne à part entière, transcendant l’idée même de la frontière. L’UE a déclaré avoir « une responsabilité conjointe avec les Etats membres pour améliorer l’intégration sociale des Roms, en faisant usage de tous les instruments et toutes les politiques dont ils ont la compétence. » Les bonnes intentions sont cependant bien vite mises à mal par la réalité.

Illustration parfaite du principe de subsidiarité, le Fond social européen est le principal moyen mis en oeuvre pour aider à l’intégration des Roms par l’emploi, l’inclusion sociale, l’éducation et la lutte contre les discriminations. Sur la période 2007-2013, 13 milliards d’euros leur auront été consacrés au titre de ce fond. Il est peut être encore plus alarmant de noter que la Roumanie, l’un des pays d’origine des Roms, a reçu 32 milliards d’euros au titre de plusieurs fonds, pour la même période. Or, les expulsions auxquelles est confrontée la communauté de part et d’autre de l’Europe ne sont que la démonstration de l’échec et du gaspillage d’aides conséquentes censées apporter un effet levier aux actions locales et nationales, pour une population devenue en majorité…sédentaire.

Il n’est pas nécessaire de blâmer les Etats ou l’Union et de jouer ainsi le jeu politique bien connu de la déculpabilisation, autrement dit, « ce problème devient le mien parce que tu n’as pas su le gérer« . Il est toutefois clair qu’au-delà d’une volonté d’action inexistante, le mécanisme des fonds structurels ne peut s’appliquer à une population discriminée et marginale. L’exécutif (la Commission) ne peut se reposer sur le principe de souveraineté des Etats membres et se contenter de saupoudrage. Il s’agit d’un problème transnational qui nécessite une solution commune et approfondie. La Commission gagnerait par ailleurs un certain crédit en se saisissant de cette problématique, qui rappelle malgré elle la nécessité de porter nos valeurs de solidarité et d’humanité.

Ironie. 2007 était l’année européenne de l’égalité des chances pour tous. Les perspectives d’amélioration de la condition des populations Roms étaient très attendues. Alors que l’ONU note une « recrudescence notable du racisme et de la xénophobie » en France, et partout en Europe, les perspectives s’assombrissent. Les Roms, condamnés à rester des citoyens de seconde classe ?

2 Comments

  1. #news #opinion: Roms : les bons principes et les mauvais… http://tout-ca.com/2010/08/17/roms-les-bons-principes-et-les-mauvaises-actions/

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  2. Angélique:

    Aude, c’est quoi les conséquences de la procédure d’infraction? Tu nous expliques? Bises!

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