Etre exilé… chez soi

L’exil.
Il y a bien des formes d’exil.
Il y a l’exilé(e) politique qui fuit son pays pour ne pas périr du régime en place.
Il y a l’exilé(e) économique qui part de son pays, pour faire fortune (en tout cas fuir la mauvaise d’où il est né…) pour mieux y revenir et l’alimenter à distance.
Et il y a l’intra-exilé(e). Celui ou celle qui ne reconnait plus où il est. Celui ou celle qui ne comprend plus où il se trouve. Où les règles, la culture, les valeurs semblent avoir muté le condamnant à vivre en exilé alors qu’il ou elle n’a pas bougé.
Vous pourriez me dire… vous parlez des inadaptés? Des handicapés de l’innovation? Des retardés de l’improvisation?
Non. Je ne nie pas que tout pays compte ses « Rain Man » (je facilite la lecture en omettant volontairement l’accord et en évitant ainsi d’induire Glory Gaynor à la place de Dustin Hoffman).
Non, je parle plutôt de ses gens, ces multiples personnes, désireuses de bien faire, de trouver équilibre entre vie personnelle et citoyenneté, entre vie personnelle et conscience du travail bien fait, entre souci de l’autre et volonté de réussir quelque chose de leur vie. Des SALARIES en fait.
Pas de tous, évidemment, qui ne sauraient rentrer dans cette définition, stricto sensu. Mais de leur grande majorité.
Vous vous dites où veux t-il en venir?
Quel rapport avec l’exil?
Et bien, à l’actualité justement. Force est de constater que ces derniers temps le pays roi des salariés: sécurité sociale, services santé de qualité, retraites par répartition, médecine du travail, (un peu de) formation professionnelle, éducation publique (enfin de moins en moins dans le supérieur)… n’est plus reconnaissable. L’ »île » fondatrice de la République moderne et des principes de droits dérive curieusement vers les tropiques du passe-droit et de l’héritage au détriment du mérite, de la récompense du capital au détriment du travail, de la rente au profit de l’innovation.
Je laisse là le débat politique traité en de multiples endroits par ailleurs. Mais je m’interroge sur ce sentiment partagé surement par de nombreux français. L’absence de repères et le spleen qui l’accompagne. Avec peut être une terreur plus grande née de l’absence de repère. Nulle part ou revenir, puisqu’…il n’y a pas eu de départ. Kafka extrême ! Ils rejoignent peut être à ce titre, les Argentins de la fin des années 90 ou bien les  Grecs d’aujourd’hui.

Du fait de choix socio-économiques, les règles changent la culture et les relations. L’incompréhension se développe. Comme disait à juste titre dans le récent Arrêt sur Images, Monique Pinçon-Charlot, sociologue et co-auteur du « Président des riches », « il n’y a jamais eu autant de violence sociale ».

Les frustrations et les absurdités mettent sur la grève des gens déboussolés de leur solidarité et de leur sens du travail perdus. Exilé dans son propre pays? Le dernier avatar culturel de la mondialisation?

1 Comment

  1. #news #opinion: Etre exilé… chez soi http://tout-ca.com/2010/09/11/etre-exile-chez-soi/

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