Tous junkies de l’émotion?

Tout commence souvent par un sourire. Un jeu. Le besoin se fait sentir très vite.
La pression de l’extérieur est là. Ses attentes. Le besoin de créer amène le besoin de décompresser. Celui de réagir amène celui de souffler. Pas d’inspiration sans respiration. « Alors, on… »
On appuie souvent sur le bouton de l’émotion. Les 6  buzz buttons que Seith Godin a démocratisé sont bien relatives à notre époque. Le comique, le sexe, l’extraordinaire, et consors, renvoient aux mécanismes classiques du voyeurisme, des bas instincts, nourris par les contraintes de la société de masse. Mais, dans une époque rapide (comme l’explique si bien Paul Virilio), qui se nourrit de l’immédiat comme de l’inspirant, l’émotion devient plus nécessaire que le pétrole.

En fait, voilà. L’émotion est précieuse pour nourrir le quotidien. Elle permet de le réinventer. Elle donne l’énergie de reconsidérer les perspectives. Elle n’y suffit pas.
L’ami poète Francis Cabrel dit dans une de ses chansons « Ma place dans le trafic » « Celui qui vient de s’endormir m’a donné juste assez pour survivre et trop peu pour m’enfuir« . On y est. Au coeur de la dynamique envisagée: l’émotion. Sans une dose minimale, l’esprit peine à inventer. On y revient chaque jour un peu. La tv et Canal plus l’ont bien compris: SAV, Guignols, Petit Journal… même la météo se saucissonne comme autant de surprises et de tranches d’émotion téléchargeables.
A quand la satisfaction?
Jamais vraiment. Car, dans un monde d’hyper rapidité, les besoins qualitatifs exigent une forte dose de concentration et d’exigence. De nécessaire, la  boucle de plaisir devient addictive car compensatoire.

Pas étonnant que la techno soit la musique de l’époque

De toute façon, Il me revient cette phrase de Jean-Pierre Jeunet. « Nous sommes tous des maniaco-dépressifs« . Chacun sa nuance, son approche personnelle. La société du show amène nécessairement la réussite des hyperactifs de l’émotion.
D’un certain point de vue, la société repousse ses junkies, mais elle les magnifie d’un autre, en valorisant une obsession tournée en art. Le junkie et le bon travailleur:  deux versants de la même médaille?

3 Comments

  1. #news #opinion: Modernes: tous junkies de l’émotion? http://tout-ca.com/2010/09/19/modernes-tous-junkies-de-lemotion/

    This comment was originally posted on Twitter

  2. belle justesse d’expression et d’analyse. j’ai posté il y a quelques temps un article sur mon blog relatant cette boulimie maladive de l’art. C’est plus qu’un besoin de compréhension, plus qu’un besoin de savoir. C’est un besoin toujours plus grand. pour aller un peu plus loin, il faudrait quand même distinguer divertissement, émotion-pulsion, émotion-création, etc.

  3. Peristète:

    Bien d’accord Céline, l’émotion permet la dynamique…et l’art peut être une des plus belles. Mais, elle est rarement la seule…Pour la typologie, je donne rv pour un prochain épisode (mais pas tout de suite…) ;-)

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