Le complexe de l’homme de droite européen

Lorsqu’il a annoncé les mesures de reconduite concernant les populations Roms vivant en France, le Président de la République a eu un seul mérite. Au-delà de la frénésie d’articles, de déclarations et de pauvres éléments de langage mal préparés sur le sujet, cette situation difficile dans laquelle s’est engouffrée la France, embarquant dans la dérive les autres Etats membres et les institutions européennes, est finalement l’occasion de débattre. Sur le respect des droits fondamentaux, sur la supériorité du droit communautaire sur le droit national, sur les limites de la notion de liberté de circulation et in fine du socle fondateur de l’Union, qui considère son citoyen avant tout comme un homo economicus. Sur notre identité, nationale et européenne.

Bref, le citoyen attentif doit en ce moment se rendre compte que la France, Etat souverain, n’est qu’un petit membre du grand corps communautaire. Qu’une partie soit dissidente et le tout s’emballe dans une incroyable tourmente et dans des éclats de voix qui seront vite oubliés. S’il ne fait pas bon être français, il est encore plus désagréable d’être de droite. Non seulement parce que M. Sarkozy a bâti une partie de son programme électoral sur la défense des minorités et des opprimés. Non seulement parce qu’il a su avec brio être un Européen lors de la Présidence française de l’Union européenne. Non encore parce qu’à ce jour, la majorité des gouvernements européens sont de droite.

Ajoutons donc qu’il ne fait pas bon être de droite, et pro-européen.Cette droite, ce monstre doux, a bâti sa domination politique sur l’héritage européen d’un socialisme incapable de défendre ses valeurs, qui pourtant sont inhérentes à l’identité européenne. L’usurpation est bien trop grande pour la droite, qui marque aujourd’hui un virage clair et indolore vers un souverainisme assumé et exacerbé à l’égard de celui qui n’appartient pas à la nation, le significant other incarné aujourd’hui par les Roms. C’est donc une sorte de schizophrénie qui pourra saisir le militant tout autant attaché à sa famille de droite qu’à l’Union européenne, aux valeurs dont elle est porteuse et à son processus d’approfondissement.

Mais alors, être de droite et assumer un héritage français fait de désamour, d’opportunisme et de grands moments à l’égard de l’Europe est-il compatible avec l’envie d’agir pour une Europe différente ? Comment accepter que cet intergouvernementalisme atone perdure sous prétexte qu’il est le résultat de ce que « veut le peuple » et conduise l’Union dans l’impasse ? Comment assumer l’action d’un gouvernement qui renie les grands principes sur lequel il a bâti sa légitimité, et ignore les traités auxquels il a abandonné une partie de sa souveraineté ?

La nation, ce grand principe que nous avons tant chéri, n’est plus à même aujourd’hui de faire face aux défis économiques et sociaux du 21ème siècle. Elle se délite de toute façon sous les coups assénés par le politique, qui ne cesse de la diviser. Plus qu’être de droite, c’est surtout européen qu’il faut être aujourd’hui.

5 Comments

  1. #news #opinion: Le complexe de l’homme de droite européen http://tout-ca.com/2010/09/21/le-complexe-de-lhomme-de-droite-europeen/

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  2. @FabienCazenave Le complexe de l’homme de droite européen http://tout-ca.com/2010/09/21/le-complexe-de-lhomme-de-droite-europeen/

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  3. C’est fou de voir le malaise qui grandit sur la question d’Europe. Il manque de grands leaders pro-européens, à droite à gauche, au centre.

    Intéressant cet article. Comme il est dit dans cet article, le débat doit être lancé. Les souverainistes ont encore de longues années à vivre si nous leur laissons la place publique. Cet article montre qu’il y a bien des citoyens qui ne le veulent pas.

  4. @Mancioday que penses-tu de cet article? « Le complexe de l’homme de droite européen » http://digs.by/d2pauV via @afaravelli #eu

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  5. Je pense que la droite française est massivement pro-européenne. La confrontation régulière avec Bruxelles fait partie du petit jeu diplomatique auquel se sont prêtés quasiment tous les Présidents qui se sont succédés. Ça ne doit pas être interprété comme un retour au souverainisme mais plutôt comme une stratégie de communication populiste.

    Je ne pense pas que la nation en tant qu’entité politique soit condamnée au dépassement. Maintenant compte tenu de nos choix antérieurs, je pense que notre salut passe effectivement par l’Europe et par la voie du fédéralisme.

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