Sarkozy : du comique dans les pages people à la xénophobie dans les pages internationales

« The incredible shrinking president » titrait le journal hebdomadaire The Economist il y a deux semaines. Si la petite taille du président est connue de tous, elle est encore aujourd’hui un sujet de Une, une figure de style, une tournure de phrase dont les journaux étrangers raffolent. Epinglé pour sa récente politique envers les Roms, la saga de l’omniprésident continue. Le problème : si Sarko était hier la risée de la presse étrangère il est devenu aujourd’hui un objet médiatique assez complexe.

Plus personne n’a peur de se moquer de Sarkozy,par contre, beaucoup commencent à avoir peur de Sarkozy. Et il n’en reste pas moins très présent et toujours sur la première de couverture comme le montrent ces unes de Courrier International. La presse étrangère fournit tous les outils pour analyser comment le président se sert des médias pour construire son image. Bonne ou mauvaise, qu’importe, du moment qu’elle est là. Sarkozy a depuis longtemps créé son personnage, le petit dictateur aux tics et à la langue de bois infatigables dans les guignols, le faire-valoir de la princesse Carla, le démago qui parle aux français, le népotiste qui favorise sa descendance, le pourfendeur des acquis sociaux, le défenseur du mouton noir de la République (affaire Woerth) et l’ultime messie d’une classe privilégiée habitant un certain arrondissement parisien, on l’a accusé de tout, et même traité de tout. Jamais la presse n’avait été aussi libre de dire ce qu’elle pensait d’un chef d’Etat. Se moquer du président français était devenu dans chaque pays, un sport national. Chacun se renvoyait la balle et usait de thèmes trop connus (Carla et sa si mystérieuse personnalité, les boulettes du président et son complexe de supériorité pour ne citer que quelques exemples).Si la presse étrangère s’en emparait, ce n’était pas seulement pour se moquer mais parce que Sarkozy faisait vendre. Plus le mythe était drôle et ridicule, plus il avait de chances de plaire. Cette année, que ce soit l’Affaire Jean sarkozy ou la rumeur Carla-Biolay vs Sarkozy-Jouanno vs Rachida Dati, tous ces évènements ont été relayés avec délice par la presse internationale. Du « Président bling bling », au « bonapartiste forcené », Sarko est passé par tous les personnages. On glose sur les sites internet de commentaires disant que sarko fait honte à la France, que la presse internationale révèle toutes les dérives de la présidence. Mais quand est-ce que Sarkozy n’a-t-il pas fait son show avec les journaux étrangers ?  Je conseille à tous ceux qui ne l’ont pas lu, ce petit écrit très édifiant sur le Sarkoberlusconisme de Pierre Musso. La peapolisation du politique, les gaffes et les stratégies du chef d’Etat, ses excès et l’étalage de la vie privée, tout y est passé au crible. Parmi les enseignements à retenir  de ce bouquin : tout cela correspond à une stratégie bien huilée. Plus je suis haï, ridicule et excessif, plus on parle de moi, plus je passe en force. C’est la règle d’or du narcissique de base. C’est l’effet Mickaël Vendetta. Rappelez-vous ce petit blond musclé toujours en short rouge qui vantait la Beau Gosse attitude tout en gratifiant ses camarades de phrases cultes pendant une étrange aventure en Afrique du Sud. Eh bien malgré son impopularité, sa pseudo-dangerosité, tout cela a fait que Vendetta a gagné, opération marketing accomplie pour quelqu’un qui n’a jamais été qu’un OMNI (Objet Médiatique Non Identifié) !!!

Et si l’on regarde bien depuis les débuts de sa présidence, Monsieur Sarkozy a toujours su tirer quelque chose de la pub faite par la presse étrangère. Que cette relation soit d’amour et de haine, ce n’est pas le plus important. Que les quotidiens passent de l’admiration pour ce « petit homme plein d’énergie » (presse allemande en 2008) au mépris pour « ce démagogue populiste » (presse allemande au lendemain du Conseil européen), on en parlait toujours et encore. Avant, il était déjà critiqué mais drôle. Cela attisait les plumes les plus endormies et pendant ce temps, l’homme, lui, était toujours là, faisait passer ses lois et récupérait une partie de l’électorat de l’extrême droite. Le problème n’était pas seulement l’image peu reluisante de la France qui en découlait, mais plus la banalité de la formule « se moquer du président ».

Aujourd’hui, entre une politique sécuritaire qui vire au rouge et ses clashs avec Mr Barroso, le président ne fait plus autant rire. Maintenant, quand le New York Times par de xénophobie française dans son éditorial ou que la Tribune d’Alger déclare que « la France sous Sarko fait peur », l’heure n’est plus à la rigolade. Sarko est toujours d’actualité mais plus dans les pages people. Un hebdomadaire français titrait la semaine dernière « Cet homme est-il dangereux ? », mettant ainsi l’accent sur la nouvelle donne médiatique lorsque l’on parle de Sarkozy en France, comme à l’étranger : l’inquiétude généralisée. Reste à savoir quelle suite le héros médiatique nous réserve…

2 Comments

  1. Ne serait ce que pour l’analogie Sarkozy – Vendetta … RT @toutcamag http://bit.ly/boSj7E

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