Vas-y poulette, bats-toi pour ta place
J’aime bien discuter de longues heures sur le fait que nous les femmes, on est discriminée. Oui, Monsieur.
Parce que le patriarcat est encore la norme, parce qu’on nous oriente moins vers des professions scientifiques, parce qu’à compétences égales, nous sommes encore moins payées que les hommes, parce qu’il n’y a pas eu de Présidente de la République, parce qu’on est si peu à l’Assemblée nationale et au Sénat…
Et qu’en plus c’est notre faute.
Si.
C’est ce que je lisais dans le Globe & Mail ce matin il y a quelques jours (c’est un journal canadien, plutôt centre-gauche).
A l’heure où les femmes sont plus nombreuses que les hommes à l’université et dans le monde du travail – au moins au Canada – pourquoi diable sont-elles moins payées que leurs collègues masculins et moins représentées dans les hautes sphères des entreprises ?
Gloria Feldt (Pas d’excuses : 9 façons dont les femmes pourraient changer la manière dont on envisage le pouvoir) souligne que les femmes ne sont pas allé jusqu’à l’application, en pratique, de la parité.
1/ Revendiquer notre juste valeur
Selon elle, la différence hommes / femmes entre les salaires s’expliquent rapidement : nous imposons moins nos prétentions salariales que les hommes. Résultat, on perd en moyenne un demi million de dollars sur l’ensemble de notre carrière. Ça fait quand même beaucoup !
2/ Etre perçue négativement, ce n’est pas (toujours) négatif
Au boulot, il suffit parfois que madame soit un peu sure d’elle même et entreprenante et hop : barricades. Parfois plus de la part de ses collèguEs que des employés masculins… Ce n’est pas agréable d’entendre qu’on est agressive. Okay.
» It is hard to build a bicycle while you’re riding on it, it’s hard to change a culture while you’re living in it «
Parfois, pour qu’un message ou une idée passe, il ne faut pas s’excuser de penser à chaque phrase prononcée. Et supporter d’être perçue négativement, dit Gloria.
Dommage qu’elle ne cantonne ça qu’aux filles.
Proposer clairement et fermement une idée, ça s’apprend, surtout que certains collègues sont plus durs que d’autres. Et c’est valable pour les filles à la vanille comme pour les garçons au chocolat.
3/ Gloria dit qu’il y a un pouvoir féminin et un pouvoir masculin et je ne suis pas d’accord.
Après ça, Gloria ne nous épargne pas les messages cul-cul du type :
» ‘Power over’ is oppressive; ‘power to’ is true leadership and it’s a very positive thing and it’s a leadership style that women are much more attuned to. »
Gloriaaaaaaa, ce que tu dis là, il faudrait le dire mieux en fait. Le bon leadership, c’est celui qui entraîne une équipe à faire au mieux et à faire ensemble. A faire avec. En limitant le plus possible les remarques inutiles, contre productives et / ou blessantes. Ce n’est ni féminin ni masculin. C’est le bon outil pour motiver les troupes. Point.
4/ Où sont les feeeeemmmmes ?
Là où je suis d’accord, c’est quand elle dit qu’on s’endort un peu beaucoup sur les droits gagnées par les femmes. Tiens, dans le récent projet de réforme des retraites : déjà on se fait tous avoir mais en plus certains amendements concernaient spécifiquement les femmes. Autrement dit, ni beurre, ni pain, ni cul de la crémière.
Elles avaient fait la révolution, y’a pas si longtemps ; elles avaient brûlé leurs soutifs ; elles avaient dit qu’elles ne laveraient plus ( toutes seules) les chaussettes.
Et nous, on en a fait quoi ?
- Les mecs, vous aimeriez une boss femme ? Vous êtes déjà sous la responsabilité d’une femme, ça change quelque chose ?
- Les filles : est-ce que dans vos boulots, il y a un grand fossé Ho/fem ?
Et en bonus, les 9 power tools (ah ouiiii c’est bon les termes de marketing bidon de soi-même) de Gloria (traduction aléatoire par moi):
–> Connaître son histoire familiale : savoir ce qu’on fait et d’où viennent les femmes de notre famille peut aider à reconnaître la racine de certains choix que l’ont fait.
–> Définir clairement les termes du débat, avant tout le monde. Ne pas s’excuser d’avoir des idées, des demandes, des questions. Ne pas finir chacune des ses phrases avec une pointe d’interrogation dans la voix.
–> Utiliser ses atouts. (c’est la partie, si t’as des gros seins et des grandes jambes, montre-les – raisonnablement). Se rendre compte de ses talents et s’en servir.
–> Sauter dans les polémiques : « quand on projette de la force, et pas de la peur, alors nos actions attirent les autres et les conduisent à rééxamner leur point de vue » explique GoGoGlooooria.
–> Vive le chaos ! Parce qu’il crée des opportunités. Les frontières sont plus flexibles, les gens, plus ouverts à de nouvelles manières de voir et / ou faire.
–> Afficher ses opinions : défendre et dire clairement en quoi on croit et ce à quoi on pense. Parce qu’on le vaut bien.
–> Proposer, entraîner : parce que si c’est pas toi qui le fait, y’aura personne d’autre pour y penser. Et si ça ne marche pas tout de suite, ça vaut parfois la peine de s’obstiner pour que les collègues fassent attention.
–> se servir de tous les outils en présence : blog, twitter, feuille imprimée… afin de trouver d’autres gens qui ont envie de faire bouger les choses.
–> Se raconter, raconter des expériences vécues, demander qu’on nous raconte des choses. Parce que ça rapproche. Parce que parfois ça donne une piste de solution à un problème.

2 Comments
Ah, j’adore. Justement je suis en train de lire un livre sur ce sujet. ça me fait penser à cette réflexion sur Anna Wintour – rédactrice en chef du Vogue US « on la critique parce que c’est une femme mais si c’était un homme, tout le monde aurait pensé que c’était un génie »
Et c’est quoi le livre que tu lis ?
Je crois que les critiques contre les femmes ne cesseront pas avant un moment et qu’il faut s’y habituer, pour ensuite les casser / contourner… par le haut.
Au fur et à mesure des avancées scientifiques aussi, on va réaliser que femmes et hommes sont vraiment égaux, et filles et garçons auront des modèles des deux sexes dans tous les métiers et positions de pouvoir. Alors, on tiendra peut-être le bon bout…