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La guerre à la compétence
Il faut que tout soit moderne. La guerre moderne ne fait pas de mort.
(Enfin en apparence : on parle d’ »unité éliminée »). La séduction moderne se fait à coup de biotox et de Parishiltonisation des corps. La communication moderne se produit avec de l’hypervisibilité et une « tyrannie de la transparence ».
En matière de discrimination, la fin du 20e siècle a innové. La modernité discrimine sans dire son nom. Et elle frappe au coeur de la machine…
Après les femmes et le plafond de verre, après les homosexuels mis au placard, après les jeunes issues de banlieues (qui trouvent quatre fois moins de travail à formation et compétences équivalentes)… vient le tour des salariés… trop compétents.
Qu’est ce qu’il raconte?
Vous allez comprendre…
Il y a quelques années, je discutais avec un ingénieur d’une grande entreprise, presque retraité, qui me disait que la culture (d’entreprise) avait changé. Les managers ne « promotaient » plus à la compétence mais selon le respect de la hiérarchie. La servilité donc.
En dépit du manque de compétences affichées de ces nouveaux cadres.
Ce cas pourrait être isolé. Il ne l’est pas.
Au gré des rencontres et des lectures, j’ai pu vérifié que le management prenait une tournure marquante, celle de la stricte obéissance aux lois supérieures. Tous ceux qui la contesteraient seraient balayés à l’aune de la loi de la Performance.
Un article récent sur Rue 89 illustre joliment cette évolution. Celle d’un top manager de France Telecom racontant ses déboires dans l’entreprise qu’il a vu se déformer sous prétexte de concurrence…
Aucune discrimination n’est justifiable. Elles sont liées aux à priori qui sont la basse fosse de l’humanité et qui devraient y être chassées à l’heure de l’iPhone si la civilisation était cohérente (et bien faite). Ce qui est de méta-kafkaien, c’est que si l’a-priori est lié au physique, la compétence est invisible. Elle ne peut rencontrer d’a-priori. Elle se façonne et se formalise au gré des situations. Elle établit une légitimité pragmatique (en théorie), et il faut être sacrément pervers et persistant pour chercher à la contrer.
C’est aujourd’hui le cas de beaucoup d’entreprises. (Paix à leurs âmes.)
Le nouveau jeu des top-managers à la Lombard et consors est donc de nourrir une guerre à l’initiative et à la proposition. Sous prétexte que l’entreprise soit en guerre économique, la direction, pétrie de néo-aristocratie, exige une subordination sans faille à la stratégie décidée par quelques uns. Sous prétexte que la concurrence fasse rage, elle s’inscrit en guerre contre ses salariés qui contesterait ses ordres. L’entreprise endosse donc une culture militaire: on obéit ou on se casse. (voir le cas France Telecom).
Pourtant, si le management de l’armée était efficace pour créer, pour innover, pour apporter des solutions individuelles et collectives… cela se saurait…
Certains subissent donc plusieurs discriminations au gré de leur faciès, de leur sexe, de leur orientation sexuelle… et de leur capacité à proposer. Cette guerre larvée produit donc une mur de verre contre la compétence, d’autant plus insupportable que les exigences de la communication amènent un discours sur l’humain et la performance.
Rappelons nous qu’une entreprise n’est rien sans ses forces vives. Et que celles qui se pérennisent sont celles qui irriguent l’innovation en leur sein. Le secret: une vision forte et une culture de la participation. Cela ne s’impose ni se décrète. Cela se partage. Dans un monde qui perd chaque jour un peu la tête, il serait temps de rappeler que l’on va toujours plus loin avec envie plutôt que contraintes…