Music : I love you, I buy you

J’ai fait une bonne action. Cette semaine, j’ai acheté de la musique. Je suis allée sur iTunes, j’ai fait mes courses. Personne ne m’a forcé à le faire, j’ai donné mon numéro de CB avec le sourire. Tout s’est bien passé. Mon reçu est arrivé sur ma boite mail l’autre matin, et je n’ai pesté contre personne. L’album que je m’étais procuré tourne en boucle depuis trois jours sur mon ordi, dans mon iPod et je suis très satisfaite de cette acquisition. L’artiste est neo-zéalandaise. Vous n’en avez probablement jamais entendu parlée. Je l’ai tout de suite aimée. J’ai téléchargé un de ses albums lorsque je l’ai découverte il y a un an. Ensuite… la suite vous la connaissez.

Brooke Fraser

Si mon achat avait concerné une fringue ou un meuble, je ne vous aurais sans doute jamais relaté cette anecdote, somme toute assez banale. Pourtant certains ont aujourd’hui une vision tellement manichéenne de la consommation musicale que vous êtes de manière agressive très rapidement catalogué : tu télécharges, donc tu es un méchant pirate vs tu achètes et bravo, tu participes à la survie des (majors) artistes. Autrement de manière plus nuancée, il existe des personnes qui téléchargent, achètent et rémunèrent même les artistes par le biais des concerts et du merchandising. Incroyable non ?

Il est vrai que j’achète peu, mais j’achète pour des raisons que j’ai tenté d’identifier. On s’est déjà tellement attardé sur le fait que les ventes de disques se cassaient la figure, qu’au contraire, j’ai eu envie de me pencher sur les motivations qui me poussent (encore) à mettre la main à la bourse.

Un petit sondage rapide sur Twitter m’a permis de constater que mon entourage (je ne vais pas généraliser mon constat car le top ventes album du moment sur iTunes reste Robbie Williams aheum) n’achètent pas du mainstream. A la question « quel est le dernier album que vous avez acheté », j’ai récolté une floppée d’artistes talentueux, bien loin, très loin (voir inconnus au bataillon) même des Lady Gaga, Eminem, André-#lol- Rieu, Usher  et compagnie. A la question pourquoi, les raisons varient selon les fans de la première heure, les coups de cœur, les achats de soutien. Je ne suis pas surprise par cette dimension affective, voir de proximité avec l’artiste.

Si l’on doit remettre sur la table la notion de story-telling chère aux marketeux ces temps-ci, on achète dans ce cas précis moins l’histoire qu’écrit l’artiste, que celle que l’on écrit avec lui. Prenons pour exemple mes derniers achats :

  • Brooke Fraser , Flags : un coup de coeur, associé à un souvenir heureux (oui c’est important d’avoir une espèce de soundtrack de sa propre vie). Motivation : affective
  • Misteur Valaire, Golden Bombay : un groupe québécois découvert la semaine dernière en concert à la Maroquinerie. Leur énergie m’a tout de suite donné envie de les écouter le matin au réveil dans le métro. Sur leur site, ils vous donnent la possibilité, à la « Radiohead-like » d’entrer le montant que vous souhaitez pour télécharger leurs albums. Motivation : soutien et coup de coeur
  • Anna Chalon/Yoan and the Silent Phonograph / Exsonvaldes : trois artistes/groupe que j’ai accueilli à la maison lors de concerts en appartement. La réaction du public est révélatrice. S’ils aiment, ils achètent à la fin du concert. La relation de proximité aidant l’acte d’achat. Motivation : soutien et sympathie/empathie
  • Damien Saez, J’accuse : un album acheté par ma moitié, une histoire d’amour de longue date que nourrit le sujet pour son artiste à qui il attribue un génie certain. Motivation : fanitude de la première heure

Il faut avouer qu’après une certaine traversée du désert musicale, je vois fleurir une flopée de jeunes artistes talentueux (qui plus est viennent de chez nous, cocorico). Face à ce ras-de-marée de nouveaux talents, j’espère qu’ils seront assez ingénieux pour nous donner envie de les aimer.

Misteur Valaire

2 Comments

  1. Rem's:

    Un exemple tout autre consiste à écouter la musique en boucle sur lastfm, deezer, myspace (limité), spotify ou youtube. Aller voir le groupe en concert, et comme tu dis, acheter du marchandising ET les .

    Après c’est une exception qui peut se confirmer ; j’écoute pas mal de petits groupes, et quand j’énumère leur sybillin nom auprès des petits camarades, ceux-ci me toisent avec des yeux de merlan frits aussi rond qu’une pleine lune. Ces petits groupes ne signent généralement pas chez des grands grands grands labels, galèrent un peu et je trouve triste de me retrouver à l’espace B avec juste cinq fans, ce qui ne doit même pas couvrir les frais de déplacement dans un minivan pourri au travers de l’Europe. N’empêche il n’y a rien de mieux que de tendre le disque qu’on vient d’acheter 15 euros avec un gros feutre, un gros sourire en disant quelque chose du genre « IOUR CONNECERTE WOZ BIOUTIFUL », et de voir un sourire chaleureux venant du coeur.

    Je suis grand consommateur de musique, et depuis que j’ai de l’argent de poche (depuis mes 15 ans certainement donc), je crois que je n’ai pas passé un mois sans acheter de CD, d’abord auprès de mon grand disquaire à quatre lettres jaunes, puis ensuite par des sites en ligne. Cependant je me méfie pas mal des études « je télécharge, je découvre, j’achète » ; parmi ces chanteurs de bonne louange se cachent généralement de jolis tartuffes qui écoutent en boucle les dix derniers mp3 chopés sur thepiratebay.

    PS : excellent choix que la sélection musicale de la Maroquinerie, je reviens il y a 36 heures du concert de Red Sparowes… Je suis parti comme un voleur, prétextant une certaine grève et un dernier train pour chez moi à 00h30… mais j’ai une excuse, j’avais déjà acheté tous leurs albums auparavant !

  2. Je ne connaissais pas du tout Brooke Fraser et c’est un vrai coup de cœur! Merci beaucoup pour cette découverte! Ton blog ainsi que tes articles sur « tout ça » sont géniaux, j’adore! Tu remplis mois après mois mon mp3 pour mon plus grand bonheur ^^!

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