Vers la fédération…#EU

Les Jeunes Européens et les Jeunes Fédéralistes organisaient hier soir la première de trois sessions hivernales de formation sur le fédéralisme*. Et oui, un petit village groupe résiste toujours à l’envahisseur intergouvernemental, et bonne nouvelle, il est disséminé un peu partout en Europe, et reprend de la vigueur.

Paradoxal dites-vous ? Mettons un peu les choses en perspective. Vue du ciel, les Etats membres de l’Union vont plutôt mal : rebonds de la crise économique et financière, montée des extrêmes, fracture sociale de plus en plus importante. Les chefs de gouvernement font le jeu de l’intergouvernemental alors que la solidarité devrait être de mise, et qu’il est clair qu’une communautarisation des atouts est toujours préférable à une individualisation des fardeaux, comme la dette, le chômage, ou les immigrés…

Bref, alors que l’Union européenne est réellement menacée d’insignifiance, on commence à voir ça et , ou encore quelques initiatives émerger pour « les Etats-Unis d’Europe« , expression qui malgré une comparaison souvent erronée, préfigure une construction ad hoc qui sera davantage inspirée du fédéralisme coopératif à l’allemande que du système concurrentiel à l’américaine.

« Le fédéralisme associe la logique de structures fédérales qui s’associent dans un projet collectif commun, tout en conservant leurs spécificités ». Rapport de pouvoir, intérêt commun, compromis.

Qu’on le veuille ou non, l’Europe qui se construit depuis plus de 50 ans comporte un certain nombre d’éléments qui relèvent de la Fédération. Le plus important, et sans doute le plus symbolique, est incarné par la Cour de Justice des Communautés Européennes. Contrairement à toute autre organisation internationale, les Etats membres sont, de par cette juridiction, soumis à un pouvoir de contrainte (dura lex, sed lex) par le droit, à la règle commune qu’ils ont élaborée et ratifiée. Contrainte, certes. Toutefois, il est important de préciser que le fédéralisme repose sur un équilibre entre les différents niveaux de pouvoir. Que les héritiers de Maurras et Barrès ne se fassent donc pas de mauvais sang ; l’Etat-nation n’est pas voué à disparaître, mais à coopérer avec les autres en vue d’un intérêt commun propre à celui de la superstructure, la fédération européenne.

Il ne s’agit pas d’oublier qui nous sommes, mais de mettre en exergue nos héritages pour définir un « après la nation » qui nous permettra d’affronter les défis du 21ème siècle tout en préservant nos valeurs. Le cheminement est long car il est soumis à un compromis permanent, essence même du fédéralisme. Il est avant tout affaire de volonté. De nos gouvernants, mais pour cela un certain supplément d’âme est nécessaire. Notre volonté également, nous citoyens et peuples d’Europe, en utilisant simplement les outils que la démocratie a mis à notre disposition.

Et de citer le maître…« D’ores et déjà, en effet, l’Europe se présente comme une forme de “gouvernement au-delà des États nations”, qui, dans la constellation post-nationale, pourrait faire école. (…) Le défi ne consiste pas à inventer quelque chose, mais à conserver les grandes réalisations démocratiques des États-nations européens, par-delà leurs propres limites. À côté des garanties formelles de l’État de droit, ces réalisations incluent un certain niveau de bien-être social et un certain degré d’autonomie privée effective, qui est devenue un aspect de la légitimation démocratique. » J. Habermas

*La prochaine session de formation aura lieu le 17 novembre et portera sur l’identité.

1 Comment

  1. Merci pour la couverture. Il nous reste beaucoup de chose à faire pour transformer Habermas dans la pratique quotidienne. L’UEF IDF (Union des Fédéralistes Européens d’Ile de France) tentera d’organiser le prochain débat sur l’identité et citoyenneté européenne sur un mode plus participatif. L’objectif est de former à une citoyenneté européenne active et pas simplement à écouter des conférences.

    Florent

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