Temps de puanteur, un parfum Guerlain

Or donc, Jean-Paul Guerlain, chez Elise Lucet au JT de 13h, déclarait tout de go :

« Pour une fois je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… »

Qu’un vieil homme à l’amère formule se fourvoye est un fait. Que les valides et les garants de la concorde nationale soient  aussi peu réactifs interroge. Pire : se dédouanent et minimisent. Elise Lucet revenait sur l’émission en maintenant son argumentaire :

« Cette interview portait sur le parfum et le parcours d’un homme. Comme toujours dans cette séquence de fin de journal, l’ambiance sur le plateau était détendue. J’ai été surprise par ces propos qui n’avaient rien à voir avec le thème de l’entretien. Je suis désolée de ne pas avoir réagi instantanément »

On savait Elise peu foncièrement encline à l’investigation, on la retrouve gauche, s’excusant de demander pardon. Je connais pléthore de stagiaires-journalistes qui auraient fait mieux. N’empêche qu’être gauche alors qu’on expose par résonnance des kilomètres de discussions de comptoirs entraine quelques responsabilités : celles d’apporter des nuances, de montrer des arguments, d’émettre à défaut des doutes, en conscience des convictions.

Il ne s’agit pas d’ordre moral : il ne s’agit pas non plus de nourrir une pseudo bien-pensance émue qu’on insulte le copain noir, comme certains observateurs lecteurs de la douce endormie le font. On a déjà Carla Bruni sur ce thème là. Il s’agit avec Guerlain d’un parfum de non-sens avec ce que la France est déjà.

La question de la couleur n’est plus un sujet depuis fort longtemps pour les générations vives françaises ; quand on lit Tintin, on en rigole comme on lit les vieux livres d’histoires où les Espagnols découvrent les Indigènes. Je suis juif, noir, blanc peut-être. En vérité je m’en cogne, ce qui m’anime c’est ce soir aller boire des pintes avec Maxime qui est peut-être métisse, mais qui est plus rouge que moi après 3 vodkas. Cette France dont parle Elise, c’est une France Michel Drücker. Où l’on s’invite et où l’on cause dans un entre-soi qui se targue pourtant de représenter la France qui compte. C’est une France où l’on entre dans une tour que l’on ne quitte jamais : Elise est entrée en 1987 chez FR3 ; dans quelles autres branches s’accroche-t-on plus de 20 ans encore au même lieu ?

La France d’Elise, c’est une France qui n’assume pas. Qui n’assume pas prendre son carafon pour dire tout haut que l’attitude de la matrone Lucet et du père Guerlain est pire que pan. Il est où, Nicolas, quand on insulte ses ouailles ? Il est où le discours larmoyant sur cette France qui aurait peur ? Le Post ce matin publiait un article dont le titre résume le manque de testostérone de nos pouvoirs hiérarchiques : il a fallu attendre que le CSA s’empare du sujet pour avoir une réponse « officielle » du pouvoir.  « Le CSA, gardien par défaut des valeurs républicaines »

Pourtant quand Hallyday nous fait une remontée d’acides hasardeuse, l’Elysée se fend de communiqués; pourtant quand la Halde sort ses rapports, on a un relan de droit de l’hommisme à la cour des secrétariats d’Etat. N’empêche que cette non réponse est sans doute la pire des agressions à la Nation toute entière ; Elise et Jean-Paul n’ont pas agressé une minorité mais laissé la Nation toute entière pantoise. Lassitude.

Il y a bien Rama Yade qui sur son blog a timidement réagi.

« Il s’appelait Guerlain. Un nom qui évoquait la beauté, le bon goût, la finesse, l’élégance. Mais ces mots, il les a prononcés avec la tranquillité du type qui a tout oublié et rien appris. Une vie pour en arriver là. Et ce communiqué désinvolte à l’adresse de ceux qui « ont pu se sentir blessés », comme une gifle supplémentaire.

Ça ne cessera donc jamais? Lassitude. »

Oui lassitude Rama.

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