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Chroniques radiophoniques #1 : « Les Pieds sur terre », ces anonymes à la loupe
Il est des trésors radiophoniques que l’on devrait qualifier d’utilité publique. On a pourtant envie de les garder un peu pour soi, pour les protéger de l’incohérence du monde qu’ils sont pourtant les premiers à regarder de tout près. Et malgré la non-violence qui nous caractérise (surtout moi), on a parfois envie de les balancer à la figure de ceux pour lesquels Secret Story et Masterchef sont un éclairage précieux de notre société.
« Les Pieds sur terre » est de ceux-là. De ces émissions de radio programmées en pleine journée, et dont on se demande qui les écoute. Ce serait oublier les podcasts, mes amis, invention la plus ingénieuse depuis celle non moins importante du mascara waterproof.
Chaque jour, entre le fromage (un Saint-Marcellin) et le dessert (un éclair au café), de 13h30 à 14h sur France Culture, « Les Pieds sur Terre » nous immerge dans le quotidien de ceux et celles qui se battent, luttent, résistent, se révoltent. Ou (sur)vivent, plus simplement. Au coin de la rue ou à l’autre bout du monde, ici ou ailleurs, ces hommes et ces femmes nous confient sans trucage leurs états-d’âme, leurs joies, leurs souffrances, leurs peines et leurs chagrins, leur quotidien d’un jour ou de toujours. Miroir radiophonique de la belge et télévisée « Strip-Tease », « Les Pieds sur terre » nous promène lentement mais sûrement au gré de l’actualité ou de ses envies, sans commentaire ni question journalistique, fléaux généralisés des documentaires télévisés. On prend son temps, on flâne, on sourit, on s’émeut, on peste parfois.
Les ouvrières de Lejaby, les ouvriers de Continental, de Peugeot, de Total : oui, « Les Pieds sur terre » aime les lieux de conflit, de contestation sociale, de révolte syndicale.
Mais pas seulement. Jeunes de cité ou vieux rentiers du 16ème, prostituées du bois ou jeunes profs de ZEP, cathos de province ou banquiers suisses, mères célibataires ou pères au foyer…. Sans héroïsme ordinaire, l’émission nous fait rencontrer ces anonymes que l’on ne croise nulle part, et qui habitent pourtant le coin de la rue. Ceux que l’on n’entend jamais et que l’on aimerait écouter davantage.
A podcaster d’urgence par tous ceux qui veulent comprendre, par infimes morceaux à recoller entre eux, ce monde qui nous construit et ces anonymes que nous sommes tous.