Il est une voix, douce, suave, presque tendre.
Une voix qui vous parle, lentement, paisiblement.
Une voix moelleuse, joyeuse, presque sirupeuse.
Une voix.
A la radio, il y a évidemment plein de voix différentes. Il y a des voix rondouillardes, des voix perchées, des voix cassées. Des graves et des aiguës, des malicieuses et des hésitantes, des plutôt sympas et des franchement désagréables.
Et puis il y a Frédéric Pommier.
Frédéric Pommier, il chuchote, il murmure, il enrobe. Des mots doux, des mots charmants, des mots qui dérangent.
Frédéric Pommier s’écoute sur France Inter. On l’entendait jadis dans la matinale, mais ses actualités animalières (1) n’ont pas plu à Philippe Val, qui l’a démis de la revue de presse à peine quelques heures après sa nomination à la tête de la station. Depuis, la revue de presse, et toute la matinale d’ailleurs, n’a plus beaucoup d’intérêt.
Frédéric Pommier a désormais une chronique hebdomadaire chez Pascale Clark, dans l’émission Comme on nous parle, de 9h10 à 10h. Il y pointe et décrypte les tics linguistiques de ses pairs journalistes, et c’est un régal. « C’est énorme », « j’adore », « c’est hallucinant », « décalé »… Autant d’expressions toutes faites qu’il s’amuse à défaire, avec humour, ironie, absurdité. Avec malice aussi, il parle de lui, de sa cousine un peu Bécassine, de sa grand-mère qui cuisine, de sa voisine au caniche abricot. Au détour d’un mot, d’une expression, on surprend une certaine douceur de vivre : il peint des cœurs en cachette dans le hall de son immeuble, se fait réchauffer un gratin de pâtes en rentrant le soir, et nous fait gentiment remarquer que oui, le mot « oui » est un mot joli : « Oui, ça commence par un bisou et c’est ce qu’on murmure ou qu’on crie quand on se fait des câlins ». Oui, un gratin de pâtes, un cœur sur un mur, et un oui qui commence par un bisou, ça me plonge dans de douces rêveries. Oui, et alors ?
Il est comme ça, Frédéric Pommier, poète pudique et conteur malicieux. Et on se dit que ce serait drôlement chouette si tous les garçons étaient un peu comme lui. Ou juste un, ça suffirait. (2)
Frédéric Pommier, c’est aussi le nouveau trublion du 5-7 boulevard, tous les jours entre 17h et 19h sur France Inter, avec la joyeuse bande totale foutraque de l’ex-Panique au Mangin Palace. Il y tient quotidiennement un excellent Pop Corner, un journal de la culture qui donne vraiment envie d’aller voir une expo, un film, une pièce de théâtre. Et deux fois par semaine, le mardi et le jeudi, il nous enchante de sa prose personnelle. Le mardi, il met en scène un feuilleton radiophonique, Les amants du boulevard. Auteur des dialogues, il les fait interpréter chaque semaine par deux comédiens, une homme et une femme. Il y pointe les travers du couple, dans ce quotidien si dénué de poésie que l’on redoute tant. On sourit, on rêve, on s’interroge… Moi aussi, suis-je vraiment comme ça ? Et malgré tout, c’est beau, c’est drôle, c’est émouvant. Et le jeudi, c’est poésie. La poésie du jeudi, c’est souvent politique, des vers qui piquent et qui dérangent. Des vers qui nous enivrent doucement et nous amusent énormément. Extraits d’il y a quelques semaines…
C’est un bout de papier qui vient d’un ministère,
Un document daté du 5 août 2010
Qui montre qu’aujourd’hui, au pays de Clovis,
On doit chasser les Roms – ça n’est pas un mystère.
C’est écrit noir sur blanc : avec autorité,
Il faut les expulser. Direction Bucarest.
Brûler les campements, ne pas lâcher du lest,
Il s’agit d’une question de sécurité.
C’est vrai qu’ils sont brigands. Il nous volent nos poules,
Mangent nos hérissons. On connaît leur traîtrise
Quand ils tendent la main ou lavent nos pare-brise.
Ils nous font peur, c’est sûr. Ils nous fichent les boules.
On aime le chrome et les romans d’amour.
On aime aussi Romy Schneider.
Mais pas les Roms, les Roms tout court.
Qu’ils aillent au diable… Vauvert.
Lorsqu’en plus, c’est lu par la voix douce, suave et sirupeuse de Frédéric Pommier, et mixé en direct, c’est un délice. (3)
Cher Frédéric, je vous aime beaucoup. Oui, oui, oui.
(1) Frédéric Pommier avait l’habitude de citer dans sa revue de presse les quelques déboires animaliers piqués dans la presse régionale, avec un préférence toute assumée pour les sangliers.
(2) Ces gimmicks sont compilés dans un livre, Mots en toc et formules en tics, édition du Seuil. A lire absolument.
(3) Frédéric Pommier poste certaines de ses chroniques et poésies sur son blog. Pour les écouter en VO et profiter de sa voix douce, suave et sirupeuse, podcastez très vite le 5-7 boulevard. (Chronique à venir prochainement, évidemment).

2 Comments
pour réécouter les « poésies » parfois « chansons » de Férdéric Pommier, elles sont compilées ici http://audioboo.fm/valeria_e
Merci Valérie !