Il est des conservatismes qui commencent à agacer le bon peuple. Celui de se voir dicter, ou non, certains dogmes ou certaines pensées. A fortiori derrière un écran.
Sur Facebook, cracher sur son employeur ou plus précisément sur un des membres de la hiérarchie peut désormais ouvertement conduire à un licenciement.Cette nouvelle a fait le tour des rédactions, mille fois, cent mille fois cette semaine. Curieuse prise de conscience alors qu’on ne googlise déjà plus ses stagiaires, on les facebookise : beaucoup plus drôle. Vous regarderez aussi le nombre de gens tenant des propos anti-rebeux, anti-noirs, anti-blancs, sur leurs « murs » d’expression : peu. Parce que sur Facebook, vous êtes contraints par ces milliards d’autres à ne pas balourder ce que vous pourriez dire un soir d’ivresse. Non pas que le racisme soit un bon indicateur de liberté. Quoique. Vous aimerez le « Grand Journal » mais vous refuserez de diffuser la retransmission de la messe dominicale. Vous ferez suivre les articles sur le Pape et le préservatif, mais vous n’exprimerez surtout pas votre foi profonde. Magie des peurs.
Bien plus grave, en Egypte, les activistes comme Ahmed Hassan Bassyouni contre son gouvernement pourraient un jour y perdre une main, et elle bien réelle, à force d’animer des petits groupes non conformes à la pensée qu’on voudrait contrôler.
Alors Facebook, nouveau paradigme de société ? Pas forcément, en fait. Pour des gens ultra-connectés, ce mode de connexion et donc d’animation de son lien social pourraient effectivement devenir…leur lien social tout court ! Pour eux seulement. N’en déplaise aux 1 millions de développeurs et entrepreneurs du web, qui ont fait d’un « non contenant » (Facebook) la base de leurs business models bien réels. Apocalypse, noW !
Aparté : le prochain qui m’invite à un anniversaire via un event Facebook recevra un like d’honneur. Aparté close.
A voir qui, dans cette bataille d’égos et de diffusions de messages y gardera ses plumes. Et curieusement, une variable une nouvelle fois bien réelle, peut-être ce qu’on pourrait appeler le « capital social », rentre en compte.
Plus intéressant, plus près de ma tasse de café que des penseurs « libertarian », des conversations autour des « usages » des réseaux sociaux. God bless Michel (CSP+), qui parlant avec son collègue de la banque dans laquelle il travaille, commentait : « je me connecte plus à Facebook, je sais plus vraiment quoi en faire« . Facebook, revenu au rang de simples « copains d’avant » ? Sans doute. Un outil déjà « useless » avant de devenir « mainstream » ? Sans doute aussi.
Parce que simplement, ce qu’on peut faire sur Facebook repose essentiellement sur notre volonté manifeste de faire des choses avec des gens dessus. Dingue.
Et que peut-on faire sur Facebook ?
- draguer. Draguer est la fonction numéro 1 de Facebook : je vais à une soirée, je suis tellement une quiche que j’arrive pas à te parler, alors je t’ajoute sur Facebook, on s’échange des messages, on se cogne de liker les autres, on se like entre nous, et peut-être qu’à moment donné on couche ensemble dans la vie réelle, plutôt. Les prochaines communications seront pour la naissance du petit. A peine carricatural
- poster les photos de soirées avec ses copains : oui, bon, oui
- « liker » : oh que j’aime le bon mot de mon collègue, oh que je trouve un article incroyable. N’empêche que pour liker, il faut des … »likeurs », qui ont généralement des desseins plus ambigus que la beauté du pouce levé
L’amour dure 3 ans dit-on. C’est aussi vrai pour les produits ou services qui n’apportent plus franchement de nouveautés ; la bonne nouvelle est qu’on rencontre finalement moins rapidement de « nouvelle matière » humaine après certains temps forts de socialisation : école, nouveaux jobs, grandes soirées. De fait, la nouveauté d’être sur Facebook dure un temps…et on attend déjà de nouvelles manières de faire vibrer notre lien social. De recréer un entre-soi.
Chronique d’un divorce annoncé.

2 Comments
La chose que j’ai probablement le plus detesté sur facebook, c’est justement la banalisation du racisme quotidien. Il y a un groupe « S’ils ne sont pas à la mosquée, tu les trouveras à la caf », et ça ne choque personne, au contraire, il y a plein de connards qui y adhèrent sanc complexe, vu qu’ils sont plusieurs. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Et puis bon, la liberté d’expression, je suis pas toujours sa première fan, et si les gens qui sont sur facebook fermaient plus souvent leur gueule, ils auraient peut-être l’air plus intéressants pour la plupart d’entre eux.
point de vue intéressant.