Ma question part d’un constat. En tant que jeune un petit peu intéressé par l’actualité du numérique*, je passe beaucoup de temps assis devant mes écrans et j’ai parfois l’impression que de là, je peux tout faire. Et le plus étonnant, c’est qu’aujourd’hui, quand je dois me déplacer pour certaines démarches, je trouve ça presque scandaleux.
Pour les courses par exemple, je trouve de moins en moins normal d’avoir à me déplacer pour acheter mon redbull. Non, je commande tout, je reste assis (et je laisse d’autres jeunes porter mes packs d’eau sur 4 étages sans ascenseurs, vive le capitalisme).
Je peux travailler de chez moi facilement, car finalement, quitte à être assis à un bureau avec une connexion Internet à lire mes mails, c’est tout aussi facile de chez moi. Je suis étudiant, je peux étudier grâce à des solutions d’e-learning, voir, revoir mes cours en vidéos, échanger avec mes profs sur des plateformes collaboratives (oui, tout ça est un peu une fiction, mais on peut parfois échanger des mails).
De même pour la vie sociale, si je dois faire la somme des interactions humaines que je dois avoir tous les jours (en dehors de toutes les interactions non choisies), la proportion de ces interactions passant par mon ordinateur/téléphone devient de plus en plus importante. Parfois, je sors encore pour boire des bières mais pour reprendre le sujet de la semaine dernière, la notion de solitude a un peu changée et les gens avec qui j’échange toute la journée via messagerie instantanée pourront en témoigner (même si le concept de solitude moderne existe, merci Souchon). Pour faire simple, si le geek avait l’habitude d’être seul sur son ordi, maintenant, il n’y est plus jamais seul. Et même si j’en suis toujours surpris, avec Skype, même « l’humain » passe par le fil.
Pour moi, on pourrait dire que tout cela est un peu gadget (ça l’est pas), parce que mes deux jambes marchent bien, que je peux aller à Carrefour/Monop’/Intermarché facilement, que je peux descendre au bar/café en bas voir des gens, que je peux prendre le métro pendant une heure matin et soir pour assister à mes cours. Mais une personne qui a du mal à se placer, pour une personne âgée, cela n’est plus du tout un gadget (ça ne l’est déjà par pour moi, je me répète au cas où).
De même pour la médecine, on peut imaginer à l’avenir des solution de télé-monitoring des personnes âgées (même si cela semble un peut tôt pour l’instant) ou de télé-consultation (autorisée en France depuis octobre), nos chers vieux ayant une propension à aller chez le médecin un peu plus forte que les autres.
Mais au delà de ces aspects un peu pratiques (mais essentiels), il est aussi question de réintégrer ceux que l’on a gentiment appelé les séniors dans la société. Tout d’abord, cela permet de récréer du lien social sur des personnes isolées, mais également de recréer du lien à l’intérieur des famille. Je prends l’exemple de ma famille où mes grands-parents sont plutôt tech-friendly, on utilise hellotipi (réseau social pour la famille) pour rester en contact: mes grands-parents sont ainsi beaucoup mieux intégrés à la famille et peuvent rester en contact facilement avec les enfants et petits enfants (dont on sait qu’ils décrochent peu leur téléphone).
Le télétravail offre aussi de nouvelles perspectives dans l’aménagement du temps de travail des séniors. On parle de reculer l’âge de la retrait (où plutôt on parlait), mais ne peut-on pas imaginer aménager le temps de travail pour un départ plus progressif ? Les derniers outils collaboratifs, en intégrant des fonctions sociales (je pense notamment ici à Salesforce chatter) permettent aux employés travaillant à la maison d’être mieux intégrés dans leur compagnie. Pourquoi ne pas en faire profiter les séniors ? Car par l’aménagement des conditions de travail, du temps de travail, on permet aussi aux gens de travailler à leur rythme et donc avec moins de fatigue (attention néanmoins aux effets pervers).
Alors, le numérique, une chance pour les vieux ? Je le crois sincèrement. La question est maintenant de savoir comment on fait, car s’il y a une chose que les vieux ne sont pas, c’est « digital native ». La première chose serait de leur faire prendre conscience de l’opportunité qui s’ouvrent à eux pour qu’ils s’y mettent de leur propre initiative (peut être une campagne tv avant Derrick ?).
Les ateliers d’apprentissage de « l’informatique » (oui, les vieux utilisent ce mot) sont également à développer, et représentent aussi des occasions de recréer du lien « inter-générationel » car ce sont les jeunes qui apprennent aux vieux. Après tout, nos élus, ces autres vieux, ont aussi droit à leur atelier 2.0 (les moyens vieux utilisent encore ce mot).
Pour le reste ? Avoir une vraie politique du développement du haut débit serait bien, parce que pour un télé-monitoring, la bande passante c’est important, et que la fibre on l’attend encore. Eric Besson, nous vous attendons.
Parce que oui, un vieux devant Internet, c’est presque aussi émouvant qu’un bébé devant un iPad.
Ma grand-mère sur internet, envoyée par seine-maritime.
Quand ils ne comprennent rien, c’est marrant aussi, mais pour la société, pour eux et pour nous, c’est beaucoup moins chouette.
*: on a récemment remplacé le terme numérique par digital, mais bon, comme on parle des vieux, je dis numérique, ils comprendront mieux (sarcasme inside), et moi, numérique, c’est pas hype, ça me plait bien.

3 Comments
merci d’avoir écrit digital et pas digitale.
De rien.
c’est bon aussi de rappeler que les « vieux » ont été la population la + sociale aux prémisces …