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Une année européenne
L’année 2011 arrive avec son cortège de prédictions économiques et sociales, toutes plus moroses les unes que les autres. La crise économique devrait toucher l’Europe de plein fouet à peine l’Epiphanie célébrée, nous annoncent les médias plus pessimistes que jamais. Face à ces prédictions, la capacité de résilience de l’Europe est durement mise à l’épreuve.
La décennie traversée par l’Union européenne semble à première vue se conclure de la pire des façons : une crise économique et financière qui ne l’épargne en aucune façon, des plans de sauvetages à la va-vite qui colmatent les brèches grecques et irlandaises, un Euro en danger et un équilibre institutionnel brinquebalant perturbé par les égoïsmes nationaux. S’ajoutent à cette situation des relents de conservatismes politiques et une atonie citoyenne quasi générale.
Et pourtant, en 2010, jamais l’Union européenne n’a été aussi présente dans l’actualité, un signal positif. « L’Europe, l’Europe, l’Europe ! ». Pas un flux d’information qui ne contienne le précieux mot-clé Europe. On en viendrait même à espérer que l »inconscient collectif en soin imprégné définitivement. De plus, par sa gestion de la crise depuis 2008 et le renforcement des mécanismes d’aide et de gestion de crise institués par le traité de Lisbonne, l’Europe a réussi à se maintenir dans le rang. Malgré l’égoïsme forcené de certains membres – aider les autres au nom de l’intérêt commun ? Jamais ! – les recours à l’aide extérieure restent pour le moment limités.
Nécessité faisant loi, les chefs d’Etat européens ne se seront jamais autant réunis qu’en 2010. Le sommet qui a lieu les 16 et 17 décembre est le septième cette année. Au programme notamment, une légère réforme du Traité de Lisbonne pour formaliser un mécanisme d’entraide communautaire. Preuve en est que l’échelon décisionnel de référence devient celui de l’Union quand les risques et les pertes se mutualisent. Une bonne nouvelle donc, ou quand la gouvernance s’aguerrit dans les épreuves et quand le national peut rapidement être décrédibilisé pour son manque de rigueur ou de coopération.
En 2011, il faudra bien sûr compter avec l’Europe. Les crises accélèrent souvent l’histoire. Celle-ci démontre aux caciques récalcitrants d’une intégration plus poussée qu’un système supranational visant à piloter l’économie et les finances des vingt-sept est plus que nécessaire. Il serait hautement souhaitable qu’un tel système rééquilibre une certaine morale : pourquoi revient-il aux citoyens de renflouer les banques et les institutions financières qui ont précipité leurs pays dans la crise ? Pourquoi, alors que celles-ci annonceront des bonus et des résultats toujours aussi scandaleux, les économies réelles pâtiront-elles encore un peu plus des plans de rigueur mis en place ? Voici des questions à inscrire à l’ordre du jour de l’année prochaine. L’Union doit bien sûr parvenir à traiter les crises, mais elle doit, au-delà, se préoccuper de garantir à ses citoyens des conditions de vie décentes.
Notez bien donc pour 2011, que l’Europe vieillit mais ne faiblit pas.