Drole d’époque. Nous vivons d’abord par le « jeu des transparences »*. Le moi à toutes les sauces: moi social (Facebook), moi professionnel (Linkedin), moi intime(blog), moi fan(reFB)… Que de couches pour parler de soi. On assiste à une démultiplication des vitrines de l’ego, qui forcément incite à une décomplexation du narcissisme. Laurent en parlait l’autre jour… Encore un tabou qui saute…(Levi Strauss aurait étudié ça avec gourmandise…)
Mais pourquoi au fait?
Parce que cela fait bien… Après Internet, il faut être sur Facebook. Après Facebook, il faut être sur Twitter. Après Twitter…
Ainsi soit il.
Qu’on le veuille ou non, nous sommes dans une époque de contagion, de mimétisme et de…permasivité
L’écho du moi fait sa valeur. Si on en parle, c’est que c’est bien…Les pavloviens vont se ravir…
Mais pas que…
Ne sommes nous pas tous un peu perdus dans cette océan de chaos et de liquidité, sans perspective réelle… (puisque Obama a perdu le statut de sauveur du monde…).
Le « moi-je » est-il cette possibilité de faire émerger sur internet sa propre communauté? De recréer son propre réseau, sur la base de ses désirs, de ses gouts en commun, de ses synergies?
A ce jeu, les moi s’additionnent et se valorisent. A condition…
A condition de stimuler une part de créativité. Une qualité de rebond sur les « moi » qu’on rencontre pour valoriser le sien… Une façon de s’appuyer sur son écosystème pour se transcender… afin de mieux le nourrir. N’oublions pas la règle n°1 absolue: le plus grand talent n’est rien sans le miroir qui le fait vivre. Originalité et souci du We sont donc essentiels.
Un peu d’éthique? Un peu de dignité? De finesse?
Que choisit t-on pour son Moi-pologie? Nous avons intérêt d’y faire tous attention: le panthéon côtoie le purgatoire. Petite pensée pour les salariés licenciés pour cause de Facebook ou les stars du net qui deviennent cobayes de pilori…
Pour éviter de devenir tous des Michael Vendetta, il serait intéressant de sortir de la starification sans réflexion… Faire du personal branding…pourquoi pas… mais en essayant d’être plus subtil, plus diversifié, sans passer par la recherche de statut de star. En parlant de ses modèles, des membres de sa communauté, en partageant des conseils, en faisant part de ses réflexions… en aidant le « we » à se construire au détriment du « me ».
« We » est-il autre chose qu’une succession de « Me »? Le « We », c’est déjà ce qui se dégage d’universel dans notre expérience personnelle. C’est ce qui amène vers la compréhension de l’autre, une richesse supplémentaire tout en ne se perdant pas soi même. Hypothèse réalisable… ou utopique (tristes tropiques) ?
(Crédit photo: Facebook Michael Vendetta)
* Merci, Francis…

4 Comments
L’EGO Vs LOGO, une sorte de QUI SUIS-JE? Vs QUI EST MOI?
Vous partez loin le soir mon bon M’sieur! Ca me rappelle mes cours de philo au lycée cet article!
Il faut des « je » pour construire un « nous ». Et c’est avec ce « nous », ou du moins la rencontre de « je » que des échanges peuvent se créer. Par exemple JE découvre tout-ça ce soir. Tout-ca est un collectif de « JE ». J’y lis des articles (passionnants!) et j’ose y laisser mon « JE » pour créer un échange autour de sujets que la vie non virtuelle me donne trop peu l’occasion d’aborder. Le JE sur le web n’est pas pour moi un espace Vendettable uniquement, heureusement. Et puis nous sommes tellement noyés dans la masse des internautes qu’on contraire, ce JE exposé est particulièrement anonyme, tout le contraire de cette starification évoquée dans l’article. Et c’est aussi parce que ce JE reste lambda qu’on ose se créer un espace lambda, discuter entre lambdas, c’est bien non?
@ rebecca: Il faut des « je » pour construire un « nous », mais il faut aussi leur absence… c’est l’oubli du « que soi » qui forme le nous… Quand il n’y a que du je, ça fait du Ionesco… Mais ravi de te voir dans cet espace, Lambda…!