Utopies et modernisation de l’Etat

Toc, toc. Amphithéâtre (ou presque), Tableau, lunettes cerclées… Resituons le débat du jour (semaine) : UTOPIE. Wikipédia, please: « synthèse des mots grecs οὐ-τοπος (lieu qui n’est pas) et εὖ-τοπος (lieu de bonheur) est une représentation d’une réalité idéale et sans défaut… » Et, ça ressemble à quoi?

« un régime politique idéal, une société parfaite » et ayant pour effet « une communauté d’individus vivant heureux et en harmonie« . Cool? Sauf que cela ne se trouve pas au coin de la rue… Ca resterait plutôt coincé au rayon concept…

Alors, ma bonne dame, l’utopie….à quoi ça sert?

A se sentir mieux? A un passage (adolescent) de notre vie ? A une conviction militante? Une nécessité vitale?

Un peu tout ça à la fois?

Jetons un oeil: dans notre monde post-utopie…nous ne sommes pas vraiment heureux. Les baromètres et indices broient du noir. La consommation suffit elle à notre bonheur? Le marché suffit au respect des droits…? Je sais, vous allez me dire 1/ J’enfonce des portes ouvertes 2/ Poser la question, c’est déjà y répondre…

Si nombre d’économistes font le lien entre l’économie de marché et la démocratie, de nombreux politologues et sociologues pointent de la nécessité d’utopies pour créer du bien être… République, éducation pour tous, sécurité sociale, vote pour les femmes… se sont construit sur le socle de l’utopie. Une idée avant d’être une réalité, un pari avant d’une démonstration inachevée… mais ô combien nécessaire.

L’utopie mène parfois au désastre (rappelons nous le « petit père des peuples »). Mais de deux « maux », de deux dynamiques surgit souvent l’équilibre. L’utopie serait donc nécessaire pour façonner la réalité? Oui, car elle combat la facilité… A titre individuel comme social, c’est précieux.

Mais alors… quelles utopies, aujourd’hui? Le monde vert (même s’il est de plus en plus menacé par crise)? Une nouvelle religion relationnelle? Du sens dans l’entreprise? ….Ou encore autre chose…(on vient au mode participatif, vous le sentez venir?)

Ca tombe bien… Tout ça, cette semaine, a envie de savoir : c’est quoi vos utopies à vous?

Cette semaine, aussi, avec la direction générale de la modernisation de l’Etat (dgme),nous allons relayer les manifestos des 10 équipes demi-finalistes du concours étudiant de l’administration qui vise à présenter une idée innovante de modernisation de l’Etat. Parce que l’utopie pourrait bien être réalisable

6 Comments

  1. thuy:

    Intéressant débat, que je suivrai avec curiosité! Quelle sera l’Utopie ou plutôt que seront les utopies du XXIè s.?
    Différentes théories et communautés utopistes, aussi éphémères soient-elles, ont bel et bien fleuri dans la première moitié du XiXès (fourriérisme, st-simonisme, owenisme, cabetisme…). Si,si! des communautés utopistes ont bien existé et se sont même exportées outre-Atlantique…
    Je connais moins les courants utopiste du XXès, donc je m’abstiens de tout commentaire.
    Quant au stalinisme, le considère-t-on comme utopie? je ne le savais pas…J’ai cru comprendre que c’était du totalitarisme… D’ailleurs les illustres repésentants du socialisme scientifique du XIXès (tels Marx et Engels)ont
    fortement critiqué ces utopistes et les ont considéré comme bien naïfs et insensés. Ils les ont effectivement étiquetés d’utopistes, et estimé leurs projets comme fantaisistes et vaines… Alors, considérer un héritier (certes fossoyeur) du socialisme comme utopiste, n’est-il pas l’ironie de l’histoire? Après tout, pourquoi pas…On est toujours l’utopiste de quelqu’un…

    Bon débat à tous.

    thuy

  2. @Thuy je pense aussi que le lien entre utopie et christiannisme est clé pour comprendre toutes les critiques citées. Ce pauvre Paul qui voulait universaliser sa religion s’est retrouvée piégée par des Eglises de tous bords, que ce diable de Nietzsche n’a pas hésité à mettre au pilori !

    Du coup, une notion messianique a souvent été conférée à l’utopie.

    Alors bon, peut être devrait-on se borner à des utopies réalisables, un peu comme aux débuts de l’alter-mondialisme (avant sa communautarisationq qu’on connait). Du coup autre problème : comment garder le projet initial quand celui-ci connait un certain succès ?
    ralalalala

  3. renaud:

    Je souscris parfaitement à l’idée que l’utopie se définit par rapport au réel.
    Mais, pour définir l’utopie ne faut-il pas recourir aux notions de contingence et de nécessité?
    Dès lors, la part d’ »ailleurs » de l’utopie n’interdit-elle pas de la voir, en l’état, comme une réalité en devenir?
    En somme,l’utopie serait une abstraction totale. En se matérialisant, elle deviendrait autre : une idée, un projet ou un manifeste.

    excellent débat à tous,

    Renaud

  4. thuy:

    Laurent,
    le titre de l’édito « Utopies et modernisation de l’Etat » ainsi que l’habitude laïque de la séparation entre le religieux et la politique (l’église et l’État), m’a emmenée en effet vers des considérations plus profanes de l’utopie. Mais tu as raison, il faut ouvrir le champ du débat.
    Pour débattre, il faut comprendre sur quel terrain glisser…
    Le mot « utopie » utilisé par More (auquel se référait wikipédia, cité par Stéphane) prêtait déjà à ambigüité… utopie, au sens privatif : un non lieu, “le pays de nulle part”. eutopie, avec son préfixe positif, signifierait un bon lieu, “le pays idéal”. More en écrivant son Utopia était sans aucun doute sensible à cette nuance… Alors, la question est de savoir s’il faut définir “utopie” comme une illusion, une irréalité, une chimère… ou au contraire comme une faculté de préfigurer une “société idéale”.
    L’utopie à la More est une conception complètement idéaliste de l’Histoire. Imaginer la société idéale dans un monde ailleurs, “une île imaginaire, doté d’un système social, légal et politique parfait”.
    La Cité de Dieu comme Cité idéale, dans la conception messianique de l’utopie, est une autre lecture de l’Histoire. Une lecture plus horizontale : la marche du peule élu vers la Terre Promise. L’avènement du royaume de Dieu sur terre à la fin des temps.
    Les deux conceptions diffèrent quelque peu… Dans la première, la cité idéale est ailleurs, elle ne pourrait exister dans la réalité. Dans la deuxième, elle pourrait se réaliser ici, un jour à venir…

    Stéphane, qu’entends-tu par post-utopie? La fin de l’utopie? Le scepticisme désabusé? Le pessimisme permanent quant à l’avenir de l’homme?

    J’étais curieuse du titre « Utopies et modernisation de l’Etat »…
    Dans les interminables crises de nos sociétés, les utopies auraient comme parfum de subversion…
    J’aime assez cette formulation de Karl Manhein de l’utopie : “toutes les représentations, aspirations ou images de désir, qui s’orientent vers la rupture de l’ordre établi et exercent une fonction subversive »…

  5. @Thuy: je faisais une référence (simpliste) à la chute du Mur de Berlin… et du « pragmatisme » qui l’accompagne. Cela a créé un contre-choc à l’imaginaire nécessaire aux utopies… Il se peut qu’on en sorte progressivement…
    Pour répondre aussi à Renaud, L’utopie est-elle une vue totalement abstraite ou une préfiguration du réel (qui l’applique parfois imparfaitement)? Je penche pour la deuxième solution…
    Au niveau individuel comme social, l’humain a besoin d’un horizon qui le sublime pour arriver à le « faire plus grand que sa condition » (pour rendre hommage à Camus). Dans cette perspective, l’outil devient vite nécessaire… et comme disait Junger « Tout Etat se doit de créer une utopie lorsqu’il a perdu le contact avec le mythe. »

  6. Je n’ai pas vos références culturelles, politiques et philosophiques mais je pense que l’utopie, c’est comme un préprojet. Une vision à long terme, abstraction faite des contingences du monde. C’est l’utopie qui dessine un horizon. Aujourd’hui, le pragmatisme est tellement pregnant, semble tellement incontournable, qu’on ne voit plus l’horizon.
    La modernisation de l’Etat ne peut prendre forme que si une finalité est donnée au rôle de l’Etat, dans son environnement local mais surtout international. L’Etat n’est qu’un outil au service du politique. Sans finalité politique claire, l’Etat dysfonctionne. Quant à la participation, pour moi, cela peut aller au-delà des clichés démagogiques. Une utopie peut se construire, collectivement. Il ne faut pas croire que les gens, le peuple n’est pas capable, ne comprends pas, … trop d’élus le pensent et nient la capacité à construire de l’utopie. Si on y consacre les moyens nécessaires, les gens créent et peuvent concourir à la définition de destins communs.

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