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Etre tous des Juifs errants, une utopie
Marrant. Quand on cherche une utopie, les réponses varient d’un coin du globe à l’autre.
Manger à sa faim d’un côté. Développer l’accès à l’éducation. Vieillir mieux et plus longtemps vers Paris. Et puis toute une série de petites envies, utopies des temps modernes : s’acheter de jolies chaussures, aller dans un bar à glace. Pas forcément le grand soir, mais de belles soirées.
Quand on expose son utopie, un des drôles de signal qu’on reçoit en retour est parfois de la défiance, parfois une fâcheuse attitude de critique acerbe ; comme si notre idée était à la base morcelée, pervertie, par un crime initial. Par exemple, en photographie, vouloir photographier des clochards est souvent suspect : qui est ce moralisteur boboisant ? A contrario, quand on souhaite photographier futilement la beauté du quotidien, on nous traite de narcisse désenchanté. Accusé de ne pas essayer de s’intéresser à des choses plus profondes.
Un peu comme ce juif errant que tout le monde a accusé de tous les maux, n’ayant pas sauvé finalement Jésus. Entre nous, j’aurais été à sa place, j’aurais peut-être hésité aussi : tu ne l’as jamais condamné sans savoir, toi, l’autre d’en face ?
Et pourtant, l’avantage d’être un Juif errant, c’est sans doute de réintroduire un doute méthodologique et vraisemblablement de vouloir comprendre plus que tout un chacun le monde qui nous entoure. D’essayer aussi systématiquement de se racheter une place au soleil, en multipliant les actes de foi plutôt que les actes purement rationnels. Que si « rien de nouveau sous le soleil », il y a sans doute des choses à règler derrière le soleil comme le rappelle Jacques Attali.
Finalement, choisir d’être tous des Juifs errants permettrait sans doute non pas à une utopie de s’imposer. Mais peut-être plus modestement une forme de sollicitude avec les autres qui nous entourent.
En Ardèche, on demande bien à un type en rade s’il souhaite qu’on le dépose à une station essence. A Paris, on aide parfois une jeune femme à porter son sac trop lourd dans les couloirs. On pourrait par extension proposer une redistribution plus sensé des richesses, un contrôle du Mediator plus transparent, une mise à disposition de réseaux à des étudiants arrivant sur le marché du travail, de….