Enfin Libre (par Amine Fakhfakh)

Depuis quelques heures, la Tunisie connaitrait une révolution démocratique. Célébration à la télévision, ou inquiétude sur la transition possible en cours, il s’agit pour Tout Ca Magazine de tenter de comprendre la situation en donnant la parole aux Tunisiens toute cette semaine. Avec des contributeurs anonymes ou non. La parole à Amine Fakhfakh.

A travers ces quelques lignes, je me suis abstenu de faire une analyse politique de la situation Post-Ben Ali. J’ai choisi de laisser cette tâche à des gens mieux qualifiés que moi. Je me suis juste contenté de raconter mes premiers moments vécus en tant que jeune Tunisien libre, enfin.

Le lendemain de la fuite du dictateur, et après une longue nuit blanche à essayer d’analyser et digérer un peu les évènements importants qui se sont produits au cours des dernières heures. Je me lève enfin, mon corps est encore affaibli par les efforts que je lui ai faits subir le jour précédent, à marcher le long de l’avenue Habib Bourguiba en criant « Liberté !! ». Sauf que bizarrement, je sens une magnifique énergie en moi, s’agit-il de celle de la liberté ?? Peut être bien. En ce moment, ma tête est pleine, des questions sans réponses me hantent. Sans perdre de temps, je décide de sortir. Pour aller où ? Je ne sais pas. Je veux juste sortir, sortir de cette prison virtuelle dans laquelle j’ai passé les vingt-six années de ma vie. Je me promène silencieusement, je contemple les gens dans la rue, tous munis d’un même silence. Serions-nous tous en train de rêver ? Peut être bien. Il est vrai qu’on a tous du mal à saisir ce qui se passe en ce moment, tant de rebondissements en si peu de temps : Une des plus surprenantes révoltes populaires de cette époque, en réponse à un discours pitoyable du président. Et au bout de quelques heures, on nous informe que ce dernier a mis les voiles.
Au même moment et jusqu’à la fin de la soirée, des milices cagoulées pillent et dérobent plusieurs endroits de la capitale et sur le reste du territoire, semant la terreur au sein de la population. Serait-ce une tentative inespérée d’un monstre qui refuse d’admettre sa défaite ?? Bref, ce fût certes la nuit la plus longue de l’histoire de la Tunisie. Quant à moi, je ne vais pas les laisser faire, ils ne pourront en aucun cas gâcher ma joie de liberté, cette liberté qu’on a obtenue à l’arrachée après tant de sang coulé. Je me laisse alors distraire par toutes ces rues et ces ronds-points, tous ces bâtiments et magasins que je voyais pourtant tous les jours, mais qui ne me paraissaient pas comme avant. Tout me semblait différent, accessible. L’air dans mes poumons me semblait plus pur.

Cela peut paraitre fou ou exagéré mais c’est véridique. Et ni la fumée lointaine, sûrement causée par un incendie à l’Ariana, ni les débris des magasins témoignant de la nuit passée ne vont me priver de cette magnifique sensation. Car dès ce moment, je suis plus confiant que jamais, ils peuvent tout brûler, on reconstruira notre pays. Notre pays !! Qui n’est plus le leur, à partir d’aujourd’hui. Vive la Tunisie et Vive la révolution des Jasmins !![/buzz]

Amine Fakhfakh

1 Comment

  1. J’ai eu des frissons à lire ces mots. Cette sensation doit être si intense, si nouvelle, quasiment saugrenue! J’espère que la suite sera à la hauteur des aspirations des tunisiens.

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