Le soufre aime les fleurs. Après la révolution des oeillets (Portugal), de la rose (Géorgie), celle du jasmin en Tunisie. Un peu de storytelling et de poésie habillent l’histoire. Les commentateurs ne savent pas faire autrement…
Au niveau actualité, la révolution tombe bien. Elle crée de l’évènement dont les médias sont friands mais répond au besoin de changement politique que les citoyens attendent… Du « Change » par procuration? (je vous sens douter là…)
Une chute, un enthousiasme, du changement donc… Mais quel changement?
L’argent va t-il être réinvesti dans les capacités de production et un système de salaires équitables? Le pouvoir va t-il être partagé démocratiquement? Des mécanismes citoyens d’organisation de la société vont ils être installés?
Ouh là. C’est plus difficile à dire… et à faire. Le journaliste se gratte la tête. « Pas facile à raconter au 20h ça… » Le rédac chef (après avoir eu son actionnaire) « Heu, et si on parlait de la nouvelle robe de Carla (celle qu’elle aura avant sa grossesse)? »
Mince alors. Le changement ne ferait que passer. Rappelons nous Obama (c’est pas si loin). La citoyenneté est souvent devenue un moment de consommation politique. Sans mémoire. Spectactulaire, mais sans questionnement.
Les Tunisiens ne font pas que rendre hommage à Stéphane Hessel. Ils nous rappellent qu’il faut de la mémoire. De ceux qui humilient. De ceux qui abusent. De ce qui détourne de l’essentiel.
Un gouvernement Omo remplace le gouvernement Bonux? Ca change tout ma bonne dame ! Ah, non… En France, on ne se pose même plus la question de l’apparence. Un premier ministre remplace le même premier ministre.
Les tunisiens auraient pu se contenter du détail Ben Ali. Ils nous rappellent qu’il faut avoir de la mémoire. Que le refus du compromis est noble quand il touche à l’odieux… Qu’il faut insuffler l’esprit démocratique par la colère et l’action… Et qu’un gouvernement identique au précédent est une injure.
Woody Allen disait « La dictature, c’est ferme ta gueule. La démocratie, c’est cause toujours. » Les colères, la volonté de mémoire et de renouvellement montrent que parfois… la fatalité n’en est pas une.
(Crédit photo: Flickr – CC – Chris Boland)

2 Comments
Qui a sorti le mot jasmin pour nommer cette révolution? On sait non?
C’est vrai, même la politique est devenue un objet de consommation passive. Mais allons donc, il doit bien être possible de ne pas se transformer en statues de sel! Quoique justement, on ne se retourne plus…
Visiblement, il s’agit d’un journaliste tunisien Zied El Hani (voir ici : http://www.europe1.fr/International/D-ou-vient-la-revolution-du-jasmin-375743/)…