(…) – Oui ma puce… c’est une bien triste disparition… Ce fut si rapide… J’ai l’impression que notre première rencontre remonte seulement à hier… Il est entré dans ma vie, il y a une dizaine d’années, un jour de novembre, le 2, si je me souviens bien. C’était un mercredi. Je n’ai jamais compris pourquoi il m’a choisie. Il était là, juste derrière moi, et je pouvais lire la joie à travers ses yeux que j’apercevais dans mon petit miroir. Miroir que j’utilisais fréquemment pour me refaire une beauté, car pour moi, refléter une belle image de moi, positive, jeune et fraîche, belle et dynamique, pleine de vie et de santé, me procure de la confiance. Mais là je m’écarte du sujet ma fille…
Bref… Pour en revenir à notre rencontre, au moment de me recoiffer, je le voyais, là, dans le reflet de mon vieux miroir, derrière moi. Il était blond, élancé, à l’allure sportive. Ma meilleure amie, qui me l’a fait rencontrer, me charriait même, en me disant que j’avais décroché le « gros lot ». Elle me faisait enrager avec ses propos que je jugeais un tantinet vulgaires. Ceci dit, elle avait raison de dire qu’il était beau. En plus, il avait un léger accent d’Outre Manche qui le rendait craquant quand il s’exprimait. Né en Angleterre, sa famille était originaire d’Irlande depuis des générations. Souvent, nous avons voyagé dans ces terres magnifiques. Je dois aussi t’avouer, ma chérie, qu’il avait la particularité d’aimer le Whiskey, qu’il buvait par petites gorgées, en le dégustant comme de la liqueur, tout en le sentant longuement, avec sa truffe…
… Ah oui ma fille, tu sais, depuis quelques mois, il souffrait le martyr, avec cette maladie qui le rongeait petit à petit. Puis c’était devenu infernal, il gémissait, jour et nuit. En plus, des larmes visqueuses lui coulaient tout le temps des yeux. Au fil du temps, elles s’accumulaient au dessous de l’œil puis séchaient tout en noircissant, à cause de la poussière… Je ne t’évoquerais pas ses déjections tâchées de sang que j’ai du ramasser dans la maison… Toi aussi tu l’as bien vu hier ! N’est-ce pas ? En parlant de vue, lui n’y voyait plus rien, avec ses yeux blanchâtre. « La cataracte » me disait la voisine ! Trop de souffrance, pour lui, comme pour moi. J’avais trop mal pour lui. Tu comprends ?…
… Même le véto m’a conforté dans cette idée, celle qui consiste à délivrer de la souffrance. Sa souffrance à lui ! Et… peut-être aussi ma propre souffrance. Celle engendrée par ce qu’il dégageait à travers sa maladie. J’avais le moral à zéro. Je l’ai maintenu assis de toutes mes forces, et, le temps d’une ultime caresse sur ses poils « rêches », au niveau de sa nuque, brutalement, son poids devint phénoménal, malgré son extrême maigreur. La piqûre du véto fut fatal. Je versais une larme. Lui gisait là, totalement inerte sur la table d’examen… C’en était fini pour Rodem. Ah… c’était un beau Golden Retriever, il avait fier allure ! Il l’aimait sa « maman » ! Je garderai toujours cette image de lui où il était plein de vie…
- Dit Tati ! Est-ce qui va arriver la même chose à Tonton qui est en soins intensifs depuis cet accident de voiture il y a 2 ans ? On va le piquer aussi ?
- … Allez ma chérie, il est l’heure d’aller au dodo… Va t’laver les dents, il est tard…

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J’aime beaucoup le fait qu’il soit entré dans ta vie un 2 novembre.