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X : quelle lettre stupide
Le droit de savoir. Ainsi la naissance sous x est pour la énième fois remise en cause. Et si certains ne voulaient pas savoir? C’est un droit aussi. Dans une lettre aussi sincère que touchante, Louison revient sur son expérience personnelle de femme née sous x avec humour et lucidité.
Bonjour,
Je m’appelle X. Je suis même double X étant une femme. Je suis née le 28 octobre 1974, l’année où Madame Veil a légalisé l’avortement.
On aurait pu choisir Y, mais non c’est X. Je suis née de X. Et X a choisi de me laisser vivre. Que de mystères sur cette naissance me direz-vous ? C’est vrai. Mais après tout ne sommes nous pas un jour ou l’autre monsieur ou madame X dans nos vies ? Oui à la naissance nous sommes tous XX et XY.
Un jour, on m’a donné un prénom. Chouette un prénom ! il me plaît bien en plus. Sauf que pour moi ça a mis 3 mois. 3 mois de plus que pour vous, parce que X a choisi de me confier à une famille et qu’on lui a laissé le droit de réfléchir.
J’ai découvert ma nouvelle chambre, comme vous, mon nouveau lit, comme vous. J’étais tellement contente que j’ai régurgité sur la belle cravate de mon père le jour de mon arrivée. « bienvenue à toi ma petite X ». J’étais contente, ils étaient contents, tellement que trois ans plus tard il y a eu mon frère.
Je ne suis plus X mais madame tout le monde. J’ai un foyer aimant. Je m’épanouie comme vous, je fais mes crises comme vous, je suis une fille quoi ! Je n’ai pas d’idées suicidaires, je danse, je danse et je danse. Oui je sais ce que vous allez dire messieurs et mesdames psychologues : c’est un exutoire. Enfin qui n’en a pas ! Bien sûr, de temps temps, quand je suis de mauvais poil, j’embête mes parents en leur disant que je ne suis pas leur fille. Mais comme X est stupide, mes propos le sont tout autant. Vive l’adolescence !
J’ai 18 ans, l’âge de la majorité en 1992 et j’ai un prénom, une famille. La MAJORITE, celle qui vous demande de faire des choix, de peser le pour, le contre, mais aussi l’âge ingrat où les gens vous posent des questions stupides (je vais finir par croire que ma vie est entourée de stupidité tout comme ce X), « ca fait quoi de pas ressembler à ses parents ? » « heu je vous rassure pas grand-chose. Ce sont plutôt vos questions qui me font quelque chose » « et ton frère il pense quoi ? » « il vous le dira lui-même » « Qu’est ce que tu diras à tes enfants plus tard » « que voulez-vous que je le leur dise je n’en ai pas pour le moment » « Ah bon t’as été adopté ? mais comment c’est possible ? » « ma bonne dame, tout est possible dans la vie ».
Je poursuis ma vie tranquillement (enfin autant que possible) parce qu’il y a toujours ces questions qui viennent perturber mon long fleuve tranquille.
J’ai 27 ans et mon premier enfant. Une petite fille qui me ressemble comme deux gouttes d’eau. La vie est très surprenante parfois. Jusqu’à pousser la ressemblance au grain de beauté près. Puis un petit garçon, qui lui, ressemble trait pour trait à son papa. Elle a la peau blanche comme moi, il a la peau foncée comme lui. Et devinez quoi ? toujours ces questions : mais ils ne se ressemblent pas ! Ah oui le mélange ethnique ca ne s’explique pas. Et pourtant ils ne sont pas de X ou de Y mais bien de nous.
2006 je fais une demande d’acte intégral d’état civil. J’ouvre et la que vois-je : un choc !
Reconnue le par M et Mme patati patata. Mention qui ne figurait pas, auparavant sur les actes. Acte de reconnaissance évidemment fait 3 mois après ma naissance. Comme si je ne savais pas que j’avais été adoptée, comme si tout le monde avait besoin de le savoir. Et puis tout m’est remonté à la figure, les questions, l’adoption, le fait que mes parents adoptifs ne soient qu’adoptifs. Je me suis posée 10 milles questions. M’a-t-on laissé le choix de vivre ma vie sans qu’on me rappelle tout le temps que j’ai été adoptée ?
Je vais à la mairie pour terminer les formalités et là, la fonctionnaire regarde mon acte de naissance et braille dans tout le service : « Oh Madame, vous avez été adoptée, ce n’est pas trop dur ? » Je me suis levée et je lui ai répondu « moins dur que d’être conne ». Et je pars.
Monsieur, Madame, le ministre, le psychologue, madame X, monsieur Y (oui parce qu’on en parle jamais), vous personne lambda très naive de tout âge et de toute catégorie sociale entendez –moi bien !
J’ai été élevée dans une famille aimante, j’ai maintenant deux enfants. Quand vous aurez compris que les liens affectifs sont plus forts que les liens du sang on arrivera sans doute à cesser ces débats fatiguants et qui en plus heurtent l’âme. Parce que même si je vis très bien tout cela, que je ne suis pas dérangée, pas mal dans ma peau etc. légiférer sur ce genre de sujet est blessant. D’un côté je comprends le fait qu’un enfant veuille connaître ses origines, d’un autre je comprends aussi qu’une femme veuille continuer sa vie sans qu’on la retrouve. Je crois, j’espère que je ne me trompe pas, que dans la majorité des cas, la recherche des origines ne mènent pas jusqu’à la rencontre physique. et d’après ce que je sais aussi, quand la rencontre à lieu, dans la plupart des cas ca se passe mal. Le choc et/ou la déception étant trop violents. Légiférer sur des sujets d’ordre affectifs, humains etc. c’est extrêmement compliqué. Je crois que de toute façon le plus dur n’est pas pour l’enfant né sous X c’est pour la mère qui doit ressentir un vide toute sa vie.
D’autre part on parle de l’accouchement sous X mais qu’en est-il de tous les autres cas où l’enfant ne connait pas ses origines (dû aux techniques moderne de procréation)? Qu’en est-il de l’enfant qui vit dans une famille biologique qui se déchire et qui aurait préféré naître ailleurs? Finalement la filiation est toute relative. Ce sont nos sociétés qui créent des malaises.
X quelle lettre stupide !
De madame X, née sous X.
PS : je n’ai pas tout abordé, mais que fait-on de la joie des parents qui adoptent, que fait-on de la détresse de la femme qui confie son enfant, que fait-on de celui qui sait mais ne souhaite pas qu’on lui impose ses origines sur un extrait d’acte, que fait-on du père Y ? que fait-on ?
A lire absolument en complément : Mère contre son gré… dans l’intérêt de l’enfant