Tunisie, un Islam laïque. Par Bassem Fakhfakh

Suite à notre semaine sur la Tunisie, retour sur le sujet avec l’un de nos précédents contributeurs, Bassem Fakhfakh

« Religion ». Je pense ne pas prendre de risque en disant que c’est le mot qui, de loin, revient le plus souvent dans l’histoire de l’humanité.

Un mot qui, à premier abord, paraît connu par tous et pour tous. Un simple mot qui a guidé l’histoire de l’humanité.

Ce mot, à la définition évidente pour certain, ne l’est pas même aux dictionnaires :

Religion = « Ensemble déterminé de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré. »

Qu’est ce qu’une croyance ?: Une philosophie?, une pratique ??

Est ce qu’on différencie la religion de la pratique religieuse ? Où finit la religion et où commence la pratique religieuse ? Sachant qu’une religion est dans la plus part des cas « pratiquée »… Un millier de questionnements que je me pose chaque fois que le mot « religion » effleure mon esprit.

Les uns pour me soulager des mes tourmentes intellectuelles me disent: » La religion c’est la foi ! C’est croire en un dieu, en des dogmes basés sur l’amour de l’autre. La religion c’est penser à l’après mort, au jugement dernier… »

et la pratique religieuse alors ? C’est obligatoire tous ces rites ? Leurs demandais-je

« Mais bien sûr, une religion exige des moments de méditation, des moments pour se consacrer à la divinité » me rétorquent-ils

Mais dans la pratique religieuse il y a l’interprétation humaine sur les rapports et comportements humains. Tout n’est pas dicté par les livres sacrés. Non ? La pratique religieuse, et les croyances religieuses ne sont donc pas forcément les dogmes originels de la religion.

Là, j’avoue qu’à cette étape de la discussion mes questions ne trouvèrent jamais de réponses convaincantes, blasphémateurs que je suis pour certains.

Et là, pour empirer mon cas, je me suis intéressé au couple « religion-politique ». Je reconnais, je cherche la bête.

Mais tout ce que je veux c’est essayer de comprendre. Essayer de comprendre pourquoi pour moi il faut pousser à la séparation de ce couple, au divorce sans révision du jugement. Alors que pour d’autres je ne suis qu’un « religio-phobe » et que la religion est très bien placée pour se marier avec la politique.

Afin de ne pas me prendre les tirs de toutes les religions, et fin d’éviter les « Qu’est ce que t’en connais de cette religion »… Je vais juste me focaliser sur la religion musulmane. Pas que c’est parce que les barbus ne sont plus à la mode (moi même j’ai la barbe, mais la mienne est profane), mais parce que j’ai eu une éducation musulmane, dans un pays musulman, dans une famille musulmane croyante et pour certain pratiquante.

Ma réflexion vient d’un certain débat concernant l’avenir politique de la Tunisie, ou tout naturellement j’avais dit « il faudrait séparer la religion de la politique », on m’avait répondu « et pourquoi donc ? Parce que vous avez peur de ces barbus? »

Cette réponse, bien que purement défensive à premier abord, me paraît intéressante. C’est vrai, maintenant qu’on parle de démocratie en Tunisie, pourquoi pas les « barbus » ? Les écarter serait donc … antidémocratique.

Afin d’avoir un raisonnement le plus objectif possible, il faut écarter les certaines pratiques, ou bavures ?? De certains groupes radicaux et considérer qu’un parti islamiste n’a rien à voir avec « les barbus des grottes ».

Nous allons donc partir sur une base claire et simple : La Tunisie, pays démocratique.

Déjà je pose le premier problème : si nous avons un gouvernement islamique, les lois, les règles du jeu vont être orientées « application de l’Islam », non ?

Que faire donc des Tunisiens qui : sont chrétiens ?, des tunisiens qui sont juifs ? Des tunisiens qui sont agnostiques ou athées ? Des Tunisiens musulmans qui ne partagent pas les mêmes pratiques, ou croyances ?

Avoir un tel gouvernement ce n’est pas imposer un modèle religieux aux autres ? Et donc porter atteinte à la liberté de l’autre ; donc : sortir du cadre démocratique ?

Les quelques réponses que j’ai eues face à ces questionnements, c’est :

· « Tu as oublié que le premier article de la constitution Tunisienne est : La Tunisie est un pays musulman »

· « Et toi, tu n’es pas en train de violer notre liberté en voulant imposer un modèle laïque? »

· « La Tunisie est en train de se dévergonder à cause de ces gouvernements qui délaissent la religion. Ces gouvernements à l’européenne »

La culture Tunisienne, l’histoire tunisienne, les pratiques tunisiennes sont chargées d’Islam, et il est très important de les respecter, de les préserver, d’en être fier, pour ceci je pense que tout le monde est du même avis.

Donc, oui à l’Islam en Tunisie, mais oui aussi au christianisme en Tunisie, et oui aussi au judaïsme en Tunisie et oui aussi à l’athéisme, bref, oui à toutes les croyances. Et permettez moi de dire : «non à la restriction »

Certains jeunes tunisiens se dépravent, se dévergondent, s’éloignent des bonnes règles et pratiques comportementales musulmanes ? Pensez-vous qu’en instaurant des lois comportementales, des répressions à la dépravation vont être d’un salut patriotique ?

Je pense que ceci risque d’ouvrir une brèche, de creuser une faille, d’ancrer un comportement radical qui nous éloignera de certaines libertés.

Porter un jugement radical sur le comportement « non musulman » de certains tunisiens n’est pas une solution constructive. Je pense que cette constatation se traduirait pour certains croyants plutôt par « certains Tunisiens ont un comportement qui ne correspond pas à mes principes, qui sont de nature musulmane, et ceci me dérange »

Ce point est pour moi d’ordre social et non politique. Le débattre est certes important, mais ne justifie pas l’adaptation d’un gouvernement complètement orienté vers la religion.

Pour moi, adaptation d’un modèle « laïque-like » n’est aucunement un refus ou d’une phobie religieuse, ni la copie « religieuse » d’un modèle européen très « fashion ».

Certainement pas une copie d’un modèle européen, chaque pays son histoire, sa culture, ses modèles.

Un modèle de gouvernement non religieux tend à laisser à chacun la liberté de ses convictions religieuses aussi diverses et variées qu’elles soient, d’autant plus que la religion est par définition : « un pacte entre une personne et le sacré c’est à dire son dieu » et n’a pas à être imposé aux autres.

Un modèle de gouvernement non religieux donner sa liberté et son équité à tout un chacun indépendamment de ses conviction religieuses, et permettra de prendre du recul par rapport à la religion et à ses pratiques. De pouvoir la comparer, la critiquer, la défendre…

Mais le modèle de gouvernement non religieux ne doit surtout pas tourner le dos à la religion, bien au contraire, il doit être son partenaire social, il doit inciter les gens à s’intéresser à la religion, à la culture religieuse, à toutes les cultures religieuses.

Un modèle de gouvernement non religieux doit promouvoir la différence dans tous ses états. La différence culturelle, la différence intellectuelle, la différence religieuse… parce que la différence n’est pas un ennemi, n’est pas un monstre. La différence est un trésor. La différence c’est ce qui fait de chacun de nous un être unique. La différence c’est ce qui nous permet d’apprendre de l’autre, c’est ce qui nous permet de s’ouvrir à l’autre, d’avancer de progresser, de prendre du recul par rapport à soi, par rapport à l’autre, par rapport à sa religion, par rapport aux religions.

Dans une démocratie, je pense qu’un gouvernement non religieux nous permettra d’aller de l’avant de se frayer un chemin prospère dans l’humanité.

Dans un gouvernement nono religieux, tout le monde doit pouvoir être représenté. Les croyants comme les non croyants.

L’ouverture sur l’autre ne se fait pas sans essayer de connaître l’autre.

Alors, oui dans un gouvernement non religieux, il peut y avoir des partis religieux, comme i l y’aura des partis hors religion. L’essentiel étant de représenter le peuple.

2 Comments

  1. Il n’est ni musulman… ni persan…
    Il ne connaît pas l’Iran…
    N’a jamais mis un pied en Afghanistan…
    Il ne reconnait pas les Talibans…
    Pour lui la religion n’est pas la bonne ligne de démarcation…
    Je veux parler du héros de mon roman…
    Je n’ai pas fini de le réécrire
    Parce que j’hésite encore sur le statut du narrateur
    Un homme ou une femme ?
    Doit-il se raconter à la première ou à la troisième personne ?
    Je suis… comme ci… ou…il est… comme ça ?
    Et tout compte fait, je vais opter pour personne…
    Pour un journal avec plus de voyelles que de consonnes…
    Des onomatopées qui impressionnent et des pointillés pour laisser au temps, le temps de nous faire basculer…
    De l’autre côté de la Méditerranée… ça vous étonne ?
    Oui je vois ce qui vous désarçonne…
    C’est cette voyelle, en tête du cortège et qui transforme mon récit en leçon de solfège… Ah ! … puis AAAAh !… puis A ? Puis AAAh… puis A !
    Interrogation, exclamation ! Qui sait ?
    Oui, on peut dire ça, mais mon héros ne cherche pas à être drôle, c’est lui qui distribue les rôles…
    C’est lui qui contrôle… en tant qu’auteur et acteur de son propre jeu de rôles.
    Vous êtes séduit par la forme mais c’est le fond qui vous met mal à l’aise ? Subversive et corrosive ? Quoi ? Vous voulez que je renonce à ma thèse ? Y a pas de malaise.
    Je m’en vais publier ailleurs cette foutaise.
    Qu’est-ce que vous voulez que je justifie ?
    Le bien-fondé de mon récit ?
    Vous voulez vraiment que je mette les points sur les i, allons-y !
    Je dis ce que personne ne dit…
    Que les arabes sont de retour… A … rabes
    Ni chiites, ni Sunnites, ni islamistes, ni muslimistes.
    Mais une race à part, qui va au fur et à mesure voler de conquête en conquête… conquérir nos villes et nos campagnes, nos bons vieux idéaux et toutes les tables de nos nouvelles valeurs
    Ce sont des gens fiers et téméraires… qui se sont assoupis quelques siècles et qui vont reprendre le pouvoir à tous ceux qui l’ont usurpé ou souillé.
    Je reprends mon manuscrit… en vous disant :
    Je déserte, si vous voyez ce que je veux dire.

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/01/arabesque/

  2. amira:

    Bonjour,
    je partage cette même inquiétude que vous et je ne sais pas si nous sommes une minorité ou pas, mais en gardant cette confusion entre religieux et étatique que passons nous comme message?

    Un message d’intolérance je dirais vers tous les tunisiens non musulmans ou non pratiquants! un message de non bienvenue aux autres confessions! Le pire c’est que maintenant avec la présence d’un parti islamique (non que je sois frileuse de l’islam mais plutôt de ses interprétations qui je pense sont personnelles), cela biaise le débat et même le jeu démocratique! un parti à vocation islamique oui mais au moins laissons nous le choix d’être dans un état neutre qui représente aussi les minorités laïques tunisiennes!

    Je suis inquiète quant à l’avenir car dans l’histoire des révolutions citoyennes récupérées par des partis islamiques ont abouti à des dictatures théologiques!!

    Il va falloir faire passer notre voix, car avec la laïcité le terrain est ouvert à tous !!

    La nahdha aujourd’hui refuse de s’inscrire dans un contexte laïque je ne saurais interpréter …

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