Du bon usage de la toile en politique

Cette semaine a lieu la #smw ou plus explicitement la Social media week. Un évènement qui se déroule en simultané « around the world », et donc également à Paris.

Les #eurogeeks ont eu droit ce soir à leur petit moment, avec la #smweurope. Et oui, comme radoté tant de fois sur ces pages, l’euroblogosphère française et européenne est très active sur les réseaux sociaux, Twitter notamment. Toute l’Europe avait donc convié ce soir à l’Institut Goethe un panel d’intervenants, députés européens (Sandrine Bélier et Estelle Grelier pour la France, Jan Philipp Albrecht pour l’Allemagne), experts web (Benoit Thieulin et Igor Scharzmann) et universitaires (Alain Girod) afin de débattre du rôle des nouveaux médias en tant que réponse aux crises démocratiques.

Une nouvelle façon de faire de la politique ?

Pour S. Bélier, pas forcément, car la crise de la démocratie nous questionne tout d’abord sur le sens de la politique et sur la perte de confiance des citoyens. Pour Estelle Grelier, tout dépend du message que l’on veut faire passer. Certes, mais l’on est bien forcé d’admettre que les nouveaux réseaux donnent au politique qui veut les utiliser un nouveau medium de communication et une possibilité d’établir le dialogue différemment, notamment en faisant fi des distances tant sociales et culturelles que physiques. L’élu/candidat et son interlocuteur citoyen étant désormais dans l’immédiateté, la participation trouve un nouvel équilibre, en éliminant notamment les biais de la télévision (passivité).

Une influence sur les régimes politiques indéniable ?

Benoît Thieulin met en exergue deux idées. Tout d’abord, sans aggraver les crises démocratiques, le web 2.0 permet de faire émerger les sujets qui comptent pour le citoyen et par là de bousculer les médias traditionnels. Sur Twitter, on ne subit pas 15 minutes de reportage sur les vacances de MAM. On est décideur de sa source d’information et de ce qu’on veut donner comme savoir, et pouvoir, à sa timeline. Ca change tout. De fait, la prise de parole et les rapports sociaux s’en voient bouleversés. A noter par ailleurs que par mimétisme, les valeurs que nous inculque Internet (la transparence, le partage) sont peu à peu distillées dans le réel, et avec elles le refus de plus en plus affirmé de tolérer les excès de nos gouvernants liés à leur position.

Pour autant, quelle portée ?

Si on a beaucoup évoqué le rôle des réseaux sociaux dans les mouvements qui ont secoué l’Iran, et plus récemment la Tunisie et l’Egypte, il faut rester vigilant. Twitter peut jouer le rôle de médiateur et de vecteur, allez, d’aggrégateur de volontés. On peut également apprécier cette fonction avec l’organisation du No Berlusconi day en Italie. Mais une révolution est une lame de fond qui agit sur toutes les strates de la société, qui ne se prépare pas dans l’immédiateté de 140 caractères, et ignore la fracture numérique. Par ailleurs, bien que les réseaux sociaux soient à l’origine de la formation d’un nouvel espace public où tout semble possible, il est clair pour Estelle Grelier que les problèmes qui se posent à la société ne seront pas réglés grâce à la toile. La liberté d’expression et d’information de Twitter trouve rapidement ses limites face au temps et au jeu politique.

Et l’Europe dans tout ça ?

L’échange entre le panel et la salle, si intéressant qu’il fût, a un peu oublié l’Europe. Quelques pistes et interrogations. La mobilisation de l’euroblogosphère française est enthousiasmante, et on peut souhaiter qu’elle se poursuive, surtout à horizon 2012. De ce débat on retiendra que bien utiliser Internet et les réseaux sociaux, c’est aussi savoir écouter. Charge alors à nos gouvernants de prendre le pouls de la toile et des internautes, qui le jour venu, se retrouveront comme tout le monde dans l’isoloir, debout sur leur quant à soi.

Ce bon mot de Benoît Thieulin enfin : « Si votre produit est de la merde, il restera de la merde dans les réseaux sociaux« . Voilà, nous, (euro)bloggers, vous, politiques et gouvernants, avons charge de qualité. C’est une exigence décuplée par le web 2.0, parce que l’immédiateté du message ne pardonne pas. C’est une nouvelle forme de sanction par la vox populi dont le politique n’a pas encore tout à fait saisi la portée.

2 Comments

  1. Le plus bel espoir que je mets dans les réseaux sociaux, au regard de la politique, c’est la mise en agenda. Car aujourd’hui, comme tu le dis, nous choisissons nos infos. Les réseaux peuvent/pourront permettre de faire sortir des enjeux que les politiques du moment n’ont pas envie de traiter. La démocratie gagnera à ce que la mise en agenda ne soit pas uniquement descendante.

  2. Merci Rebecca ! C’est tout l’enjeu notamment pour l’Union européenne que de parvenir à faire émerger des enjeux/sujets que le politique et les médias n’ont pas envie de partager avec les citoyens. Restera tout de même une question à laquelle on cherche bien une réponse : à quel moment se fera le basculement de la toile à la réalité, afin que les citoyens puissent se saisir des problèmes posés et alerter, voire critiquer, leurs gouvernants…!

Post a Comment

*
* (will not be published)