« Be. Le magazine de la now génération dit le slogan. Mais est-ce si facile d’être? Je ne vous parle pas du cours de philo de terminale, mais de cette façon d’occuper sa journée, sa semaine, ses années… en dehors des miroirs qu’on nous oppose? On court sa vie à attraper des défis, mais alimentent-ils « le » véritable? En bref: être soi est-il si évident?
« On ne possède que ses désirs » dit l’autre, mais possédons encore nos désirs quand tout, dans notre environnement, se construit autour d’un marketing et de sa stratégie du désir? Mieux, les pulsions et répulsions sont elles suffisantes pour définir notre identité quand la grande conso et Facebook nous formatent au « J’aime/J’aime pas »?
Cache-cache. Puisque le marketing nous poursuit, je vais me construire des masques et des faux semblants pour habiller mes traces et fausser les pistes. Puisqu’on veut me croire prévisible, je vais construire mon imprévisibilité. Mes crypto-identités vont me définir. Mais est-on soi quand on se fuit soi même?
Tendance et liquidité. A force de vivre dans un monde changeant, la capacité à être soi se modifie en la capacité à « updater son soi ». Les tendances ne nous empêcheraient t-elles pas de se construire? On n’est pas obligé de les suivre me direz vous. Sauf que dans un monde liquide, être plastique témoigne d’une valeur croissante. D’où: peut on être soi quand on ne pense qu’à devenir autre?
Avancée. Peut on être soi quand les « générations désenchantées » (dixit Mylène) laissent la place à des générations aux changements avortés (les orphelins d’Obama ou les déçus de l’écologie toujours repoussée)? Peut on être soi dans un monde qui ne renvoie jamais ou si peu le miroir d’une réussite sociétale?
« Trop peu de gens savent où ils vont » disait le gitan dans « le Cheval venu de la mer ». A entendre nos congénères , l’humain fait souvent semblant de savoir.
A force de courir vers le plébiscite permanent, n’oublions pas de nous construire nous mêmes? La pression de la réussite personnelle et de l’ »égologie » ne nous font elles pas oublier la composante sociale de notre épanouissement?
Etre soi, pour vous, c’est quoi?

9 Comments
On est trop dans le « paraître » et l »être » n’est pas au rendez-vous, malheureusement…
Ah la la, ma bonne dame…
Et les médias sociaux, ils aident ou ils freinent la construction de soi? (je ramasse ma copie dans 1h…)
être soi , c’est connaitre ses besoins et pouvoir y répondre en négociant avec l’ »autre » : c’est le sens dans lequel je travaille(en psychiatrie!). Ce qui est difficile c’est le distinction entre le besoin et le désir. A la lecture de l’édito l’extension de l’ »autre » (qui subit la mondialisation) sera le prochain challenge.
Je ne vais pas me risquer sur un sujet de philo aussi poussé (au passage, j’ai eu 03 en philo à mon bac donc je pense que je suis un génie illuminé qu’un pauvre petit prof de philo n’arrive pas à comprendre), mais être soi, c’est se bâtir par le biais des acquis (parentaux, scolaires), de l’influence de son entourage (amis, media, gourous) et de nos passions / possessions.
Au fur et à mesure qu’on réfléchit, on finit par faire et défaire, par casser les ponts et en créer d’autres, abandonner des choses et en quérir de nouvelles, jusqu’à ce que l’on soit satisfait. Et c’est là qu’on est soi.
‘Être soi’ est pour moi très difficile, car nous sommes en constant changement, de par nos expériences quotidiennes. Une rencontre, un problème nouveau à gérer, une rupture, tout ça va nous changer. Il nous reste certes certains ‘traits’ qui seront toujours là, mais seulement dans les grandes lignes. Alors certes on peut avoir le sentiment d’être soi, mais on change. Sommes nous donc un jour vraiment ‘nous’?
@Isabelle: j’aime bien cette idée de « négocier avec l’ autre ». Pas tout à fait sûr d’avoir compris « l’extension de l’autre, qui subit la mondialisation » (mais je veux bien tenter de passer mon diplôme en psychiatrie… enfin essayer, faut pas pousser…)
la culture joue beaucoup sur l’individu (je conseille d’ailleurs l’excellent « Un fauteuil pour deux » qui remet le darwinisme social à sa place)… On se fait et se défait, je suis aussi d’accord. Question corollaire: est-on un jour satisfait? est-on un jour certain d’être « arrivé », d’être soi? Est ce la fin de toute dynamique (sans vouloir être morbide)?
@u génie illuminé Rem’s
@Jane: Le changement fait partie de notre existence, qu’on doit accepter… Y a t-il un équilibre à trouver dans l’intégration de ce changement au sein de notre nature? Peut on être à la fois soi et changeant (un peu)? Ouh là, j’ai un peu mal au crâne…
Facebook, c’est très égocentrique finalement comme outil. Partager son moi avec tout le monde. Mais en même temps on finit par passer inaperçu dans le flot. Alors être soi via les réseaux sociaux c’est une belle illusion. Le « être soi » est à mon sens composé de plusieurs « moi ». On s’adapte juste aux situations.
@Stéphane : je vais proposer un petit syllogisme ! 1) ma vie c’est écrire 2) je n’arrive plus à écrire depuis des années => je suis un mort-vivant. Plus sérieusement, il y a des évidences, des passions, mais je pense qu’on est rarement satisfaits (simplement parce que ceux qui sont vraiment heureux, je les envie, doivent toujours attendre encore plus). Alors si on doit attendre d’être satisfaits pour être soit…
@Louison : sur facebook on a un peu de tout je suppose, entre ceux qui exposent tout de tout, jusqu’à leur adresse et placent parmi les amis quiconque ils rencontrent dans la soirée, jusqu’à… tout simplement le non utilisateur de facebook (non inscrit, ou inscrit mais a balloté le truc après quelques heures). Dans ce cas, à partir du moment qu’on veut dévoiler quelque chose à son sujet, et qu’on est encore limité par son auto-censure (pour certainement de bonnes raisons), est-on vraiment soit ?
Etre soi, c’est pouvoir tirer son fil à soie d’un bout à l’autre et de pouvoir faire des aller-retours dessus sans qu’il ne casse.