Une mauvaise idée de la France

Puisque cette semaine, nous parlons culture, il est temps de revenir sur ce projet qui fait un peu peur, la Maison de l’histoire de France, qui devrait voir le jour en 2015, empiétant quelque peu sur le site des Archives Nationales, dans le Marais. Pour qui, pourquoi ?

L’idée, lancée plutôt discrètement lors de la campagne présidentielle de 2007, n’en finit plus de faire des vagues. Parce qu’elle va d’une part déloger les Archives Nationales et son personnel, alors que Paris est si grand et les possibilités si nombreuses (quid de l’Hôtel de la Marine ?). Ensuite et surtout, parce que ses initiateurs affirment sans ambages vouloir contribuer « à faire vivre notre identité nationale auprès du grand public ». Un sujet dont le débat mort né lui donne d’ores et déjà une origine impure et politicienne.

Alors, il y aura dans le Marais la Maison de l’histoire de France, avec une première exposition sur « La France, depuis quand », et la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration à la Porte Dorée, un projet qu’aucun homme politique n’a eu le courage de porter, et qui peine à attirer des visiteurs.

Deux lieux, deux ambiances, deux France ? Aucun débat. Entre temps, Frédéric Mitterrand (Ministre de la culture) nous explique que « sans histoire, un pays s’abîme dans l’oubli de lui-même (…) Il semble essentiel de faire en sorte que la transmission de la mémoire bénéficie d’un lieu identifié ».

C’est pourtant en marchant dans Paris, en visitant les innombrables musées locaux, Églises, ruines, mémoriaux de guerre, ou plaques commémoratives qui essaiment des plages de la Manche aux sommets des Alpes que la mémoire de notre histoire se transmet le mieux, qu’elle vit au-delà des murs empoussiérés et des reliques identifiées comme légitimant un discours historique unique.

Identifier un lieu, peut être. En faire un temple de la mono-culture, voilà encore un projet d’instrumentalisation politique aux accents extrémistes de « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Mais après tout, le respect de l’ordre public et un second mandat valent bien quelques contradictions entre l’homme de la diversité de 2008 et la radicalisation de l’été 2010 : « Le respect dû à la France par ceux que nous accueillons est une exigence. »

Slavoj Zizek explique que dans la nouvelle polarité politique européenne, « la seule manière d’introduire de la passion passe par la peur (…) des immigrés, du crime, de la dépravation impie ». C’est la manipulation de ce sentiment qui banaliserait le discours anti-immigration et laisse place à un racisme populiste finalement bien toléré… qui me donne la nausée.

Cette  barbarie judéo-chrétienne asphyxie toute possibilité d’ouverture à l’autre, et on pourrait bien l’imaginer, toute envie d’intégration ou d’assimilation. Les européens sommeillent, apathiques, face au nouveau langage culturel qu’on leur distille, pendant que des hommes désormais libres se pressent aux portes d’un continent, le cœur rempli d’illusions.

Et S. Zizek de paraphraser Raymond Brasillach : « Nous ne voulons tuer personne, nous ne désirons organiser aucun pogrom. Mais nous pensons aussi que la meilleure manière d’empêcher de violentes initiatives anti-immigration toujours imprévisibles est d’organiser une politique anti-immigration de raison. »

De quoi avoir un peu mal à la France.

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