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Culture zzz
C est intéressant la culture. Ca soude, ça tient chaud, ça fait tendre dans la même direction. Ca donne un sentiment d’appartenance, un goût de terroir (à la Pernault) et de gaulois (à la Astérix). On pense à Epinal (ses images). On oublie que c est politique aussi la culture…
Quelle est notre culture dominante à nous les français/occidentaux? Plus à voir avec le Juste prix (je suis un conso expert), Star ac (je rêve ou j’aime voir rêver des apprentis artistes), Top chef (re-terroir mixé à la David Guetta), D&Co (pour terminer par THE projet de toutes les classes moyennes-enfin ceux qui pensent en faire partie-relooker son appart). Des traces de relooking de la société ? Walou. Aucune trace réelle d’engagement (ouh le gros mot) dans un processus d’action sociale. Au contraire, la consigne est claire: ne rien faire. Nous sommes les héritiers des héritiers du baby boom. Oui au système. Et honte à ceux qui en sortent. « Pourvu qu’il ne nous arrive rien » comme dit Benoît Poolevorde dans « les Emotifs anonymes ». Une bonne « culture zzz ».
Une des valeurs dominantes de notre culture est le laisser faire, le « je regarde ailleurs », le « je dors malgré les injustices ». Que peut-on faire-vous allez me dire ? « Fais pas le malin, et toi qu’est ce que tu fais »? Certes, mais si les actions collectives ont un démarreur, c’est d’abord la volonté commune de changement. Et là le bat blesse. Le « On ne peut rien y faire » s’est aussi insidieusement glissé dans nos esprits que le message de Big Brother dans « 1984« .
La culture n est rien sans imaginaire qui va avec. Or, il est aujourd’hui impossible (dans nos normes communes) de penser autre chose. Prenons un petit exemple (croustillant): Les salariés de Continental, comme le rappelle Bernard Maris, cette semaine, attendent toujours d’être reclassés à 80% et d’être payés idem (malgré les promesses faites). Tant de combats pour se faire respecter… et presque rien. Pourtant, un contrat Darty (ou autre), ça s’honore, non? Non… Il est communément admis de se faire escroquer par la délinquance en col blanc. A moins que…
Le monde arabe vient rappeler que rien n’est obligé.
Cela suffira t-il comme dit Maris, à passer ce cap? A aller au delà, « où la honte est plus forte que la peur ». Où l’ »on en pas marre d’être grugé, volé, humilié, mais d’avoir honte ».
Le problème est que notre culture médiatique s’enrichit aujourd’hui d’un pan nouveau: un océan de faits divers qui vient rappeler chaque jour le danger. Releveur de distributeur, joggueuse, passant… tous aggressés. Par le hasard, certes. Mais, cette « actualité » remplace astucieusement l’aggression sociale par l’ombre de la menace physique.
Un peu gros? Pourtant, la haine de l’autre est tendance. C’est marrant cette prolifération en Europe de la droite de la droite (vous savez tout au fond…). De l’autre côté du globe, des immigrés boliviens se font chargés et tués par la police… et par des habitants du quartier. Malaise.
Etrange? Pas tant que ça… Une culture fonctionne sur son système valeurs-croyances-pratiques. Si les valeurs se déplacent du côté de la rage… construire un objet de défouloir et du sens qui va avec est pertinent. Etrange boucle de l’histoire. Sauf que l’objet est diffus et changeant. De l’Argentine à la Finlande, de la Russie à la France, les boucs émissaires ne manquent pas. Nous devenons tous le juif (potentiellement) de quelqu’ un. Parce que la colère, les frustrations sont immenses. Et le manque de perspectives tout autant.
Normal, la possibilité d’avoir conscience est confisquée par la culture « zzz ».
Les patrons voyous et les financiers mafieux peuvent agir tranquille. La rue se déchaine sur son voisin.
« Dormez en paix Parisiens, tout est tranquille. »