Emeutes ou guerre civile ? La vérité sur sur la journée du 12 février 2012 en Grèce

Le 12 février, le parlement grec a validé le plan d’austérité de la Troïka. Des émeutes ont eu lieu et ont été rapporté par les grands médias. La lecture de ce témoignage, validé par les activistes grecs, nous donne un autre regard de ce qui ressemble en réalité à une guerre civile. La vidéo atteste aussi de la violence de cette scène historique, le jour où le parlement grec a officiellement tourné le dos au peuple qu’il est censé servir. Merci à Sven Delaye pour cette traduction gratuite (source).

Les mots ne peuvent pas décrire ce qui s’est passé hier…

On ne peut pas mettre de mots sur la brutalité des unités de répression policière.
Je ferai de mon mieux pour décrire dans ces quelques lignes ce dont 500 000 de mes concitoyens et moi-même avons été témoins.
En début de soirée, vers 18 h, dans la rue Ermou, une des principales rues piétonnes commerçantes d’Athènes, qui mène vers la place Syntagma, siège du Parlement grec; des milliers de personnes, certaines avec leurs enfants, descendent dans la rue pour protester contre la malveillance anticonstitutionnelle du gouvernement.
La rue était bondée et tout semblait étrangement calme, bien que l’on entende au loin les explosions sporadiques de gaz lacrymogènes venant de l’extrémité de la place et qui avaient forcés certains des premiers manifestants à se retirer momentanément.
Je pensais que c’était une bonne chose : nous pourrons garder nos forces pour maintenir la pression.
J’avais tort.
Une escouade de la division spéciale de la police grecque (les MAT) descendait cette rue bondée en donnant de grands coups de pieds et de boucliers !!! Les gens leur criaient dessus, certains leur jetaient des bouteilles d’eau. C’est alors que le cauchemar a commencé. Les vandales de l’État lançaient des gaz lacrymogènes militaires dans la foule, semant la dévastation et le chaos. Les gens paniqués hurlaient à cause de l’asphyxie, pris au dépourvu par cette brutalité délibérée.
Je ne comprenais pas que ceci puisse arriver dans une rue où, quelques instants auparavant, un père portait son enfant sur les épaules. Je ne m’y attendais pas et je ne portais même pas mon masque à gaz…
Une fille s’est évanouie derrière moi à cause de la panique et de l’asphyxie. Je l’ai retenue avec son petit ami pour qu’elle ne soit pas piétinée. Nous avons fait quelques pas, pleurant et vomissant, puis elle s’est évanouie de nouveau. Nous avons essayé de la protéger de la foule qui fuyait de manière désordonnée.
Je n’ai pas pu l’aider une troisième fois, nous étions au milieu du nuage des lacrymos et je ne pouvais presque plus les voir. Je les ai laissé s’en aller et je me suis déplacé au milieu des tables et des chaises pour trouver un peu d’air frais, sinon je risquais de m’évanouir à mon tour.
À la rue suivante, nous avons compté nos blessés. Tout le monde criait de rage. « Ces trous du cul de MAT sont vos voisins ! TROUVEZ-LES et découvrez où ils habitent ! ». Je gueulais aussi.
Nous sommes arrivés dans la rue Fillelinon en passant par la place Klaythmonos.
Scènes de guerre dans les rues. Scènes dont les acteurs ne sont pas seulement les émeutiers, mais aussi le peuple, le vrai peuple qui lance des pierres et des morceaux de marbre.

Puis dans Amalia, qui était elle aussi pleine de monde, j’ai rencontré quelques amis. Une marée humaine remplissait la ville. Un groupe de membres du parti communiste (PAME) se dirigeait vers Sygrou…
À l’hôtel Amalia, j’ai trouvé Yiannis. L’endroit était relativement calme.
Dans la foule, un journaliste américano-allemand faisait son malin. Il racontait que les Grecs haïssaient leur pays. Je n’étais pas assez bien placé pour l’attraper, mais il y avait d’autres personnes. Il s’est enfuit en courant jusqu’à l’hôtel avec deux trois personnes qui le poursuivaient en jurant.
Encore de la panique. Et vraiment justifiée.
« Chers amis Allemands et Français, hommes d’affaires internationaux qui pensent venir acheter nos entreprises publiques d’électricité et d’eau et les « réformer » dans VOTRE intérêt, voici comment nous vous « accueillerons ». En vous chassant dans les rues ! ».
Dans une ruelle proche de l’hôtel, des personnes réduisent du marbre en morceaux pour s’en servir de munitions. Un peu plus bas, dans Fillenon, il y a une escouade de MAT pour servir de cible. Les jeunes et les plus âgés leur montrent leur « gratitude » pour la sécurité qu’ils assurent.
Des bruits sourds retentissent encore une fois dans l’avenue Amalias. Soudain, une autre escouade de MAT surgit par derrière pour couper la foule en deux. Ils sont dépassés en nombre et battent en retraite sous les jets de pierres des émeutiers.

Il est l’heure de retourner à Syntagma. Étonnamment, la route est libre. J’étais dans le centre depuis 18h et il m’a fallu 3 ou 4 heures pour rejoindre ma destination. Arrivés là-bas, nous sommes rejoints par un groupe de jeunes avocats. Aucun d’entre eux ne porte de masque. Je partageais mon inquiétude de voir les flics nous charger dans les 5 minutes. Malheureusement, j’avais raison de m’inquiéter.
Les produits chimiques étaient partout ! Des gens criaient « Restez calmes, restez calmes ! », mais je savais que le nuage de lacrymo ne nous avait pas encore atteint. Lorsqu’il est arrivé, la foule effrayée à l’idée d’étouffer, a descendu les marches de Syntagma à toute vitesse. J’ai poussé mes amis sur le côté, le long des grilles. Nous sommes tombés sur les MAT. Lorsque les escaliers ont semblé vides, nous les avons descendus au milieu du nuage pour éviter de nous faire tabasser par ces brutes.
Mais cela ne leur suffisait pas. Ces ripoux ont gazé toute la place Syntagma depuis les hauteurs ! Nous nous sommes séparés au niveau de Grand Bretagne et de la rue Panepistimiou. Ce n’était pas une bonne idée. C’était une « aire de jeu » pour les flics et les « émeutiers ». Quant à qui étaient ces émeutiers, chacun doit répondre pour lui-même. Un cocktail Molotov a atteint un flic et devant la station de métro une grenade incapacitante a atterrit à mes pieds ! Pas à côté, mais vraiment SUR mon pied.
Nous sommes allés un peu plus bas dans la rue. Devant le Musée Numismatique un tag disait « Ne nous sauvez plus ! ».
Et alors la magie a opéré…
On entendait un son sourd et continu.
« Qu’est-ce que c’est ? » me demanda un de mes amis.
« Le bruit des tanks! » dis-je en déconnant.
Des mecs en capuches avec des masques frappaient en rythme les grilles de protection en fer des banques et des multinationales !
Mais ils n’étaient pas seuls ! À un moment, des milliers de personnes les ont rejoint, ont commencé à frapper les grilles à mains nues en criant et en sifflant ! Ce chant de guerre s’entendait dans tout le centre-ville et jusqu’au Parlement !
Nous étions stupéfaits.
Les rues étaient remplies de barricades. Les pompiers essayaient d’éteindre les flammes tandis que les forces de l’ordre étaient devant les portes de l’université. « Allez plutôt à l’intérieur pour apprendre à lire, bande de poulets analphabètes !! » criait la foule.
Un peu plus loin dans la rue, au niveau de la place Omonoia, il y avait encore plus de flammes. Les émeutiers défonçaient un comptoir d’achat d’or, un de ceux qui sucent le sang du peuple. Les émeutiers criaient : « Démontez-le ! ». Juste à côté, une armurerie se faisait piller et beaucoup d’épées et autres objets pointus se sont retournés contre les MAT. Soudain le son d’une bombe nous est parvenu depuis la place ! Pas un Molotov, mais quelque chose de plus gros…
Après avoir dit au revoir à nos amis, nous nous sommes dirigés vers Syntagma en passant dans des rues bombardées, au milieu des MAT. Nous ne portions pas nos masques. Ils semblaient exténués. Un flic racontait aux autres comment il avait aimé lancer des pierres sur les émeutiers. Je me demandais si ces cons comprenaient ce qui leur arriverait quand le peuple se fera justice. Nous passions dans leurs rangs et ils ressemblaient à des moutons en dehors de leur enclos.
Il y avait beaucoup moins de monde devant le Parlement à Syntagma après 23h00. Quelqu’un jouait l’hymne nationale à la trompette, sans grand succès. Une caméra s’est précipitée derrière nous pour faire une bonne prise. Le musicien s’est retourné et a demandé : « Vous préféreriez peut-être entendre « Strangers in the night » ? ».
Des MAT en uniformes bleus (et non vert militaire) se tiennent maintenant devant le Parlement. Des femmes leur crient qu’elles vont tous les descendre. Un mec marche devant eux, comme un sergent à l’inspection en les traitant de « travelos». Pas pour 20 €, ni pour 15 ou 10. Des travelos gratuits, avec une jolie chatte, Kaili.
Nous sommes restés sur la chaussée en attendant le vote.
Petsalnikos (le président du Parlement) demande : « Est-ce que quelqu’un n’a pas entendu son nom ? ».
OUAIS, ENCULÉ, AUCUN DE NOUS !

Affaire à suivre !